YOGIC PHILO : Fouette, Cocher ?

jougboeufEtymologiquement, il est considéré que le mot « yoga » est porteur de la même racine que le mot « joug ». Alors c’est sûr qu’en français, on associe à ce mot, « joug », toutes sortes de situations négatives – esclavage, dictature, oppression. Pourtant, le joug est tout simplement l’attelage que l’on posait sur un boeuf pour pouvoir cultiver la terre. Comment cette métaphore (utilisée par les philosophes antiques, qu’ils soient grecs, latins ou indiens) peut-elle devenir symbole de l’être humain ?

Philippe de Meric, dans « Le Yoga Sans Postures » (1), suggère la répartition suivante de « l’homme-attelage » : corps = carrosse // intellect = cocher // émotion = chevaux // conscience = passager.

« Un véhicule en bon état, bien entretenu, tiré par un cheval convenablement attelé et dressé, obéissant à un cocher connaissant son métier, suivant les instructions d’un maître dont il comprend les instructions, voilà, certes, un idéal bien simple. » (1) C’est effectivement limpide, même si au quotidien cette séparation des différentes parties peut s’avérer un peu fausse.

Contrairement à de Meric, je cède à l’envie de moderniser l’image. Déjà, un moteur de Mercedes n’a pas grande liberté dans une 2CV, et sera source de tensions intérieures fortes, jusqu’au moment où l’on accepte de rénover la carrosserie, souvent douloureusement, en acceptant du même coup de quitter la nostalgique tendance vintage. Ou une Aston Martin avec un moteur de Smart sera bien vide à conduire (*insérer : blague blonde*). Mais ne désespérons pas, tout est possible tant que l’on est encore en vie !

Il n’y a pas de mot isolé, tous les mots se rapportent à d’autres – en « rhizome » comme dit Ricoeur. Si l’on pousse la réflexion plus loin, il me semble que l’attelage pose la question de la route. Filons la métaphore : à quoi sert d’avoir une Ferrari sur une route de terre ? Avons-nous la possibilité d’influencer l’état de la route ? Et / ou sommes-nous capable d’accepter de ralentir le temps des méandres campagnardes, avant d’atteindre la nationale puis de se griser sur l’autoroute (sachant qu’il faudra peut-être repasser par une route de terre à un moment) ? Et le paysage, vous le trouvez comment ?

Sur ces grandes questions, om,
Débo

(1) 1967, Livre de Poche – citations p. 47 et 49

YOGIC PHILO : l’Ecorce des Choses et les Portes de la Perception

Les magazines féminins et autres romans « légers » me dépriment (pas vous ??)… Je fournis donc toujours un (petit) effort pour décider de mes lectures de vacances. Celles dont je reviens ont été accompagnées par Claude Levi-Strauss (merci Miguel, recommandation parfaite !), et par la grande Annick de Souzenelle, dont est tiré le passage ci-dessous (1). J’y ai trouvé une magnifique description de ce que je cherche à apporter par l’enseignement :

« La nature nous invite à communier avec elle par la voie sensorielle. C’est une expérience étonnante que la reconstruction de l’équilibre d’un être, invité à des moments privilégiés de sa journée à vivre l’instant, et à le vivre plaqué au sensoriel – à la respiration, à la marche, à l’écoute d’une musique, à la saveur d’un fruit, etc. […] Combien la sensation vécue dans l’instant [peut] nous relier par une voie peut-être encore ignorée, mais cependant réelle, à JE SUIS de l’être !
Entre l’objet expérimenté et l’Homme viennent se glisser toutes les émotions dont s’empare le mental, et c’est lui, ce mental qui vagabonde et nous égare aussitôt loin de cette part sacrée de nous-mêmes. Si nous revenons à la sensation pure, qui nous met en contact avec l’écorce des choses, nous faisons alors l’expérience d’être parfois portés à sentir vibrer ou scintiller leur pulpe. Une conscience éveillée touche au plus profond de leur chair. Mais cette chair des choses soudain partagée est aussi capable d’éveiller notre propre chair, [qui] est notre conscience d’être. Bouleversant dialogue que celui de l’intérieur et de l’extérieur se recevant l’un l’autre et nous apprenant à aimer ! »

L’intérieur et l’extérieur s’articulent autour de ce que la tradition du yoga appelle les « portes de la perception » (dites bonjour à Aldous!) ou, en sanskrit, indriyas. On y retrouve nos cinq sens traditionnels – oeil/vue, oreille/ouïe, langue/goût, nez/odorat, nerfs/toucher – ainsi que le sixième sens, c’est-à-dire l’intellect en tant que fonction rendant l’environnement intelligible.

chene feuilles printemps

Du nouveau-né à l’enfant, de l’ado à l’adulte, de mûr à avancé : nous avons un corps, mais nous ne sommes pas ce corps. Alors au lieu d’essayer de le formater selon le moule culturel, on peut faire le choix de marcher en paix avec lui, de lui permettre de s’épanouir dans son rôle : celui de nous dévoiler, par ces (ses) six portes, la remontée labyrinthique vers notre centre.

La bonne nouvelle, c’est que les couleurs de la vie deviennent plus belles chemin faisant. Voici une offre qu’on ne peut pas refuser, comme dirait Don Corleone. N’est-ce pas ?

PS : Petit éclaircissement : ce que Souzenelle appelle le « JE SUIS de l’être » fait écho à ce(le/lui) que notre tradition judéo-chrétienne définit comme « Je suis celui qui suis ». On retrouve cette même idée dans l’Atman des hindous, « étincelle » du Brahman en l’humain ayant atteint à l’être. Il/elle est ce que Jung a nommé le « Soi » : notre essence immuable, ce qui constitue notre identité profonde.

PPS : Défi du printemps 2013 : définir l’intérieur et l’extérieur ! Microcosmes et macrocosmes en miroir, tout comme nous ne sommes pas « sur » Terre, nous sommes « dans » la Terre, l’extérieur ne commence pas à la peau… Plus on pénètre au-dedans, plus la dualité intérieur/extérieur devient floue. Si on ne s’est pas trop perdu en route, au plus profond de cet au-dehors, l’Autre se dévoile de l’intérieur.

(1) Ref : De Souzenelle, Annick, Le féminin de l’être, pour en finir avec la côte d’Adam, Albin Michel, [1997] 2000 : p.20-21

5 MINUTES A SOI : Méditation Prénatale en Couple

La pile de livres que j’aimerais lire, aujourd’hui, demain, un jour, diminue parfois, pour mieux grandir aussitôt…

Dans cette pile, j’ai récemment tiré « Les Neuf Marches » de Daniel Meurois et Anne Givaudan. Ce récit a mis en mots plusieurs éléments que je pressentais sur l’arrivée d’un être au monde, et m’a ainsi proposé une belle lumière sur l’accompagnement que je propose.

Inspiré de cette lecture, cet exercice très simple applique la règle du petit pas : rien ne sert de courir, il faut partir à point. Un petit pas tous les jours nous emmène plus loin qu’une grosse course de temps en temps. Avec l’avantage d’éviter de s’essouffler.

Futurs parents, vous pouvez le pratiquer dès que vous savez que vous êtes « enceints ». Il s’agit de se réserver, une fois par jour et, dans la mesure du possible, tous les jours à la même heure, un moment – cinq minutes, dix minutes, peut-être un quart d’heure – pour être ensemble, dans l’accueil, en silence. Je le recommande en couple car, si la vie le permet, un enfant se porte mieux à deux.

Future maman, vous pourrez vous asseoir contre votre compagnon, confortablement, chacun ayant par exemple une main sur le ventre (nombril) l’autre sur la région du coeur (sternum/clavicules). Ou vous pourrez rester assis à côté ou en face l’un de l’autre.

Autorisez vos corps à se détendre. Vos oreilles entendent, n’écoutent plus. Vos yeux, s’ils sont ouverts, voient, ne regardent plus. Votre peau ne touche plus, elle sent. Laissez votre corps inspirer et expirer, en douceur, sans aucun effort. Et accueillez ce qui vient. Ce peut être rien, ou des sensations, ou des images, peut-être même des mots, des idées. Accueillez, tout simplement.

Au fil du temps, lorsque ce rendez-vous sera bien installé dans votre rythme, au même titre que se laver les dents, vous pourrez le prendre sans avoir besoin d’être ensemble physiquement. Et vous serez également en mesure de communiquer de manière plus libre avec votre enfant.

Certes, la mise en place de ce moment privilégié demande un peu de courage. On se sent parfois idiot : dans notre société, le silence peut être vécu comme gênant, bruyant. Mais la grossesse est une période privilégiée pour accepter que le monde n’est pas fait que d’objets mesurables et quantifiables. Qu’il existe des liens au-delà de la parole, au-delà des cinq sens.

Aussi : félicitations !

Plus d’informations sur l’accompagnement prénatal : cliquez ici.

5 MINUTES A SOI : chaque chose en son temps

Polyvalence, multitasking, mais aussi éparpillement, tourbillon d’activités : comment faire pour resituer notre efficacité ? Un temps pour chaque chose – respecter celui qu’on a choisi – et chaque chose en son temps – une seule chose à la fois.

Cette pratique, un peu plus difficile à mettre en oeuvre dans l’inactivité apparente de la méditation, trouve plein sens dans les activités du quotidien : s’adonner à chaque tâche avec notre attention entière permet non seulement de la finir plus vite, avec un plus grand calme, mais aussi d’y trouver un plus grand plaisir.

Comment ça fonctionne ? En commençant par petites doses de 5 minutes, avec patience et bienveillance, on ramène notre attention à ce que l’on est en train de faire, comme on guide une plante avec des tuteurs : se donner la liberté de se disperser, tout en redirigeant son énergie vers le présent (« cadeau »).

Ici la qualité a bien plus d’importance que la quantité : 5 minutes par jour pour commencer, plutôt qu’une heure par semaine. Pour qu’être présent à soi et par extension, aux autres qui nous entourent, devienne une habitude, un modus operandi spontané et naturel.

Mon astuce personnelle : quand j’ai peur d’oublier des choses que je dois faire, je les note dans un petit calepin, pour mieux les retrouver plus tard, et vérifier qu’elles méritent vraiment mon attention maintenant.

om shanti !

5 MINUTES A SOI : Paresse Créative du Matin

C’est officiel. Il est productif de paresser le matin. C’est ce que constate une étude d’une jeune chercheuse en psychologie, Ruby Nadler, dont les résultats sont publiés dans la revue « Psychological Science » et repris dans « Clés » d’avril-mai 2012.

Sa conclusion : juste après le réveil, nous bénéficions d’un pic de créativité. Celui-ci n’est pas censuré, nos filtres se mettant en place un peu plus tard.

Cette semaine, profitons de la belle lumière de printemps pour appliquer ce principe : pourquoi ne pas prendre quelques minutes au réveil, peut-être en observant le passage de la respiration ? Qui sait quelles belles idées auront alors l’espace de se présenter. :-)