5 MINUTES A SOI : Trouver sa Respiration

On apprend un paquet de choses utiles à l’école, sur toutes sortes de plans. Mais (à mon humble avis) il manque à notre apprentissage quelques basiques – pourtant vitaux. En haut de la liste, je place : respirer.

Cet exercice tout simple et très efficace a pour but de réveiller la cage thoracique, afin d’ouvrir avec conscience l’espace dédié au souffle, et permet de calmer les nerfs, en recentrant l’attention :
Croisez les bras et attrapez vos aisselles, doigts vers les clavicules, pouces devant la poitrine. Et respirez dans vos mains. Vous pouvez augmenter la pression entre les mains, pour travailler en résistance.
Après quelques minutes, changez le croisement des mains.

La respiration est le seul mécanisme du corps qui peut à la fois être inconscient et conscient – on n’a pas besoin de réfléchir pour respirer, mais quand on y pense, on peut influencer le rythme, l’amplitude, la profondeur. Notre manière de respirer a un impact sur l’état général du corps, tant du point de vue physiologique (équilibre acido-basique, digestion) que psychique (accueil des émotions, relation intérieur-extérieur).

Au quotidien, une respiration optimale permet au corps d’accéder à ses ressources régénérantes, et peut donc accélérer un processus de guérison, quelque soit le plan sur lequel on cherche à (re)trouver l’équilibre. Bah y’a plus qu’à !

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YOGIC PHILO : Rareté et Abondance

Une petite perle de sagesse « nourriture de réflexion », comme disent les Anglo-Saxons (« food for thought »), issue du Santé Intégrative de janvier-février 2013 (1) :

« Le « triangle » basique de tous les cours d’économie est construit à partir de la nourriture et de sa rareté. Au sommet du triangle, il y a « la rareté de la nourriture », et à la base : « production-quantification ». Mais si on bâtit un modèle à partir de la respiration, tout aussi nécessaire que la nourriture, tout change: au sommet du triangle, on a l’abondance de l’air atmosphérique. La production, elle, devient une transformation de cet air que nous offre l’univers. Quant à la quantification de l’air respiré, elle ne compte pas, ce qui compte, c’est la qualité de l’air. Et voilà que nous retrouvons les traditions de sagesse, qui ont toujours dit que l’essentiel, c’était d’apprendre, qualitativement, à respirer. »

canstruction minionsIl y a quelques années, une de mes professeurs nous a avisés que l’air que nous respirons, est le même que l’air que les « autres » respirent, qu’ils soient humains ou non. Annick de Souzenelle dit de même pour l’eau.

Encore une preuve que nous ne sommes pas « sur » la planète, mais « dans » la planète. Ou, comme le dit Patrick Villeret un peu plus loin dans l’article, nous ne somme pas « dans » la nature, nous sommes « de » la nature.

(1) n° 31 : interview de Patrick Viveret par Marielle Issartel – pp 10-14 – http://www.santeintegrative.com

YOGIC PHILO : l’Ecorce des Choses et les Portes de la Perception

Les magazines féminins et autres romans « légers » me dépriment (pas vous ??)… Je fournis donc toujours un (petit) effort pour décider de mes lectures de vacances. Celles dont je reviens ont été accompagnées par Claude Levi-Strauss (merci Miguel, recommandation parfaite !), et par la grande Annick de Souzenelle, dont est tiré le passage ci-dessous (1). J’y ai trouvé une magnifique description de ce que je cherche à apporter par l’enseignement :

« La nature nous invite à communier avec elle par la voie sensorielle. C’est une expérience étonnante que la reconstruction de l’équilibre d’un être, invité à des moments privilégiés de sa journée à vivre l’instant, et à le vivre plaqué au sensoriel – à la respiration, à la marche, à l’écoute d’une musique, à la saveur d’un fruit, etc. […] Combien la sensation vécue dans l’instant [peut] nous relier par une voie peut-être encore ignorée, mais cependant réelle, à JE SUIS de l’être !
Entre l’objet expérimenté et l’Homme viennent se glisser toutes les émotions dont s’empare le mental, et c’est lui, ce mental qui vagabonde et nous égare aussitôt loin de cette part sacrée de nous-mêmes. Si nous revenons à la sensation pure, qui nous met en contact avec l’écorce des choses, nous faisons alors l’expérience d’être parfois portés à sentir vibrer ou scintiller leur pulpe. Une conscience éveillée touche au plus profond de leur chair. Mais cette chair des choses soudain partagée est aussi capable d’éveiller notre propre chair, [qui] est notre conscience d’être. Bouleversant dialogue que celui de l’intérieur et de l’extérieur se recevant l’un l’autre et nous apprenant à aimer ! »

L’intérieur et l’extérieur s’articulent autour de ce que la tradition du yoga appelle les « portes de la perception » (dites bonjour à Aldous!) ou, en sanskrit, indriyas. On y retrouve nos cinq sens traditionnels – oeil/vue, oreille/ouïe, langue/goût, nez/odorat, nerfs/toucher – ainsi que le sixième sens, c’est-à-dire l’intellect en tant que fonction rendant l’environnement intelligible.

chene feuilles printemps

Du nouveau-né à l’enfant, de l’ado à l’adulte, de mûr à avancé : nous avons un corps, mais nous ne sommes pas ce corps. Alors au lieu d’essayer de le formater selon le moule culturel, on peut faire le choix de marcher en paix avec lui, de lui permettre de s’épanouir dans son rôle : celui de nous dévoiler, par ces (ses) six portes, la remontée labyrinthique vers notre centre.

La bonne nouvelle, c’est que les couleurs de la vie deviennent plus belles chemin faisant. Voici une offre qu’on ne peut pas refuser, comme dirait Don Corleone. N’est-ce pas ?

PS : Petit éclaircissement : ce que Souzenelle appelle le « JE SUIS de l’être » fait écho à ce(le/lui) que notre tradition judéo-chrétienne définit comme « Je suis celui qui suis ». On retrouve cette même idée dans l’Atman des hindous, « étincelle » du Brahman en l’humain ayant atteint à l’être. Il/elle est ce que Jung a nommé le « Soi » : notre essence immuable, ce qui constitue notre identité profonde.

PPS : Défi du printemps 2013 : définir l’intérieur et l’extérieur ! Microcosmes et macrocosmes en miroir, tout comme nous ne sommes pas « sur » Terre, nous sommes « dans » la Terre, l’extérieur ne commence pas à la peau… Plus on pénètre au-dedans, plus la dualité intérieur/extérieur devient floue. Si on ne s’est pas trop perdu en route, au plus profond de cet au-dehors, l’Autre se dévoile de l’intérieur.

(1) Ref : De Souzenelle, Annick, Le féminin de l’être, pour en finir avec la côte d’Adam, Albin Michel, [1997] 2000 : p.20-21

YOGIC PHILO : Qu’est-ce que le Stress ?

Publiée dans le Sciences et Avenir #787 de septembre 2012 (p65), cette définition du stress explique son fonctionnement :

« Décrit pour la première fois dans les années 40, [le stress] est une réponse de l’organisme à une situation nouvelle qui se manifeste par la sécrétion, dans les glandes surrénales, d’hormones (adrénaline et noradrénaline) qui mettent le corps en alerte. Il se décompose en trois temps. D’abord une phase d’alerte (de quelques minutes à une heure) : les hormones libérées dans le sang augmentent la quantité d’oxygène et de glucose et facilitent ainsi l’irrigation des organes. Au-delà d’une heure, survient la phase de résistance, qui peut durer plusieurs jours et durant laquelle la pression artérielle augmente. Puis vient la phase d’épuisement, caractérisée par des pathologies cardio-vasculaires liées à une surstimulation de l’organisme. »

Que vient faire le yoga ici ?

Les exercices posturaux et de respiration stimulent le système nerveux parasympathique, qui fonctionne (plus ou moins) à l’opposé du système orthosympathique responsable des mécanismes liés à l’action : défense, réflexe de fuite ou de lutte. Les exercices de yoga permettent ainsi, dans un premier temps, de contrer les effets du stress, en rééquilibrant la réponse de l’organisme. Puis, avec la pratique, on évite que ce mécanisme ne n’installe au-delà de la première phase, qui reste tout de même nécessaire. La peur n’est jamais mauvaise en soi, elle est reliée à notre instinct de survie.

meditation hall de garePar contre notre manière d’accueillir la peur, comme d’autres émotions que, pour une raison ou une autre, nous jugeons « négatives », peut provoquer des blocages métaboliques dangeureux pour notre santé, physique comme mentale. Apprendre à reconnaître les variations émotionnelles ou psychologiques, pour les apprivoiser, est une des étapes les plus importantes vers cet état d’esprit spacieux et intégré qui se nomme yoga : « yoga chitta vritti nirodha » (Patanjali : Sutra 1.2)

« Observer la danse du souffle,
moment après moment,
pour accueillir ce qui est
dans l’ici et maintenant. »

YOGIC PHILO : Mon Corps, Ma Tête, et Moi

Il y a mille yogas. Non, il y a en plus : autant d’individus que de yogas.

Ma pratique personnelle s’était récemment éloignée des postures, tout en ne retrouvant pas l’ardeur de la méditation silencieuse quotidienne que je tenais pourtant depuis novembre dernier. Les raisons officielles en sont nombreuses : un livre, une rencontre, une blessure. Un voyage à la jonction entre mes activités passées et le yoga. L’occasion de réfléchir à certaines croyances communément diffusée sur le yoga occidental. Celui qui est aujourd’hui à la mode, celui que l’on pratique dans les bureaux, les clubs de sport, les théâtres, les hôpitaux, les écoles.

Iyengar en « eka pada urdhva dhanurasana »

Ce que nous appelons ici « yoga » n’est pas pratiqué – ou si peu – en Inde. Notre système postural trouve en effet ses racines ici-même, en Europe. Il a été mis en place dans les années 30 par des résistants à l’envahisseur britannique, créant des lignées de yogis ouverts sur l’Occident. Leurs sources d’inspiration : les exercices du Suédois Ling, la gymnastique holistique féminine, l’éducation physique militaire, l’anti-gymnastique, et les contortionnistes de cirque ! (cf. « Yoga Body » de Mark Singleton)

Puis ce système postural nous a été ramené, sous un autre nom, digéré et régurgité pour nourrir l’Europe spirituellement affamée par la Seconde Guerre Mondiale et le post-colonialisme : le « yoga ».

De quoi sérieusement douter mon système de croyances. Prof de yoga, c’est, finalement, comme être prof de gym ? J’avais bien mérité ce gros mal de dos de Pâques, pour m’autoriser à rester immobile, en silence ! Pour digérer la nouvelle et réfléchir à ma posture mentale vis-à-vis des postures physiques.

Une contorsionniste en « Urdhva Dhanurasana » modifié ;-)

Hier, j’ai retrouvé ma pratique quotidienne à la maison. J’ai renoué avec ma source d’énergie. Si elle n’est pas justifiée par une spiritualité orientale, quel est son nom ? La réponse est en deux parties.

Premio : le plaisir de reprendre possession de son corps. Comment penser librement si le corps nous rappelle à lui, petits bobos après grands maux ? Au fil de ces semaines, où ma seule pratique physique est venue des cours que je donne et de mes trajets quotidiens à vélo, je me suis sentie prisonnière de ce corps, et par extension, de ma tête et de mes choix de vie. Or je sais que mes décisions passées ont été justes. Pourquoi une telle tension entre moi et moi-même, dans ce cas ?

Travailler le corps par des postures intelligentes, avec le soutien du souffle, en donnant une intention à ce travail, permet de reprendre le contrôle des rênes. Cela nous reconnecte avec nos sensations corporelles, notre sixième sens, ce vigile qui nous mène à bon port en temps de brouillard. C’était le sujet du dernier Sciences et Avenir : le ventre est notre deuxième cerveau. Que penser, alors, des milliards d’autres cellules, propriétaires ou invitées, qui forment notre corps ?

::: microcosme dans macrocosme :::

D’autre part, il paraît qu’Iyengar (père) disait souvent que la spiritualité, ce n’est pas pour les gringalets. Certes, les austérités physiques extrêmes font partie des pratiques spirituelles de l’Inde. Mais au niveau où nous les pratiquons, il est difficile de les appeler « tapas ». Il ne s’agit pas non plus d’atteindre le poids idéal, de devenir plus souple, plus fort, plus musclé. Ces buts-ci sont des leurres, des limites culturellement acceptables.

Il s’agit d’explorer les frontières matérielles de cette vie, de huiler les essieux de ce merveilleux véhicule qu’est notre corps, un univers en lui-même, unique et si complexe, où nos différents niveaux de conscience trouvent leur assise.

Ici et maintenant, on appelle cette pratique « yoga ». Je n’ai pas de meilleur nom à proposer. « Yoga » signifie « intégration », « union » : intégrer le mental au physique, unir le physique au mental, et découvrir que notre identité va au-delà des limites de l’un autant que de l’autre. Tout comme je préfère dire « week-end » que congé de fin de semaine, ou « bonzaï » plutôt qu’arbre nain cultivé d’une certaine manière pour le rester.

Deuxio : ma culture est européenne, française même. Toute enrichie des pérégrinations des générations précédentes qui ont abouti à Paris, elle s’inscrit dans une attitude judéo-chrétienne, pour être précise. La spiritualité orientale a été idéalisée par ceux qui la découvraient pour la première fois. Pour eux, cette manière de voir le monde était pure, simple. Elle était surtout nouvelle, exotique. Elle nous a donc été présentée comme notre salut, à nous pauvres vieux Occidentaux qui avions tué nos dieux.

Aujourd’hui, nous avons la chance de vivre une époque où toute information est potentiellement accessible. Cela peut nous permettre d’étudier de manière comparée les croyances des différentes cultures, de nous renseigner plus en profondeur sur ce que nous savons, et ce que nous pouvons savoir. Pour mieux nous rendre compte des problèmes de lecture que nous avons rencontrés, comme toute culture humaine. De l’exigence aveugle du dogmatisme. De l’idéalisme nuageux de ceux qui trouvent l’herbe plus verte chez le voisin.

Mais aux racines des croyances, qu’elles soient proches ou lointaines, se trouve la même sagesse.

Il y a mille yogas. Il n’y a qu’un but. Le but, c’est le chemin. Alors autant maintenir notre char en bon état.