CHER YOGA : Le Lancement

Longue vie aux formules gagnantes.
« Le succès, c’est 99% de travail et 1% de talent », paraît-il.
Ou encore : « Practice, and all is coming », selon feu le grand yogi Pattabhi Jois.

Pourtant : quel est le sens d’une pratique orpheline de théorie ? Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ? Que cherchons-nous ? Que trouvons-nous ? A quoi ça sert ? Que pouvons-nous faire de plus, de mieux, d’autre ?
(Et si j’y ajoutais toutes les grandes questions existentielles depuis l’origine de la pensée humaine : D’où viens-je ? Où vais-je ? Qui suis-je ? Pourquoi ? Pourquoi ?)

banner lancement
Cet article signe l’inauguration d’une nouvelle section du blog. Qui répond à toutes vos questions. Oui, toutes. Des plus terre-à-terre aux plus mystiques ! Je tenterai de mettre en lumière les réponses multiples et variées que le yoga, et les nombreux chercheurs spirituels qui nous ont précédés, peuvent proposer. Avec humilité, et des pincettes un peu décalées. Et surtout, sans recette miracle. Parce que le seul miracle, franchement, c’est que nous soyons encore ici  aujourd’hui avec la possibilité de trouver toujours un peu de place dans notre coeur.

Alors allez-y, ne soyez pas timide, envoyez-moi vos questions. Via les commentaires ci-dessous. Ou par email.  Ou par hibou. Toutes, oui oui, toutes. Quelles qu’elles soient, qu’elles aient un lien direct avec des pans de la pratique, posturale, intérieure, ou qu’elle porte sur son application (même éloignée) au quotidien.

J’attends de vous lire !

5 MINUTES A SOI : Mantra & Sankalpa

On peut pudiquement nommer cette activité par l’exotisme : mantra, sankalpa … Il s’agit tout simplement d’un recueillement, d’un recentrage, exprimé en mots. Autrement dit, de la prière.

Je partage ici mes préférées. Je les pratique en silence extérieur, par la pensée – et il m’arrive parfois (souvent) de faire autre chose simultanément.

A chacun d’en investir le sens, intuitivement, et d’en trouver la pratique juste.

drapeau priere

•  Intellectuelle (psychologique) :
« Je fais du mieux que je peux avec ce que j’ai. »

Un bon exemple d’une résolution effective.
En période de mou, ou en période d’auto-critique paralysante, se déculpabiliser pour retrouver la stabilité.

•  Emotionnelle :
Puissé-je trouver en moi / Que me soient donnés *
La sérénité d’accepter ce qui ne peut être changé,
Le courage de changer ce qui le peut,
Et la sagesse d’en discerner la différence.

Nous avons tous en nous ces qualités. Plutôt que se crisper face à ce qui nous est présenté, apprendre le contentement actif. C’est un des piliers du yoga.

* La première phrase est à moduler selon le système de croyance individuel : transcendance, immanence, ou une variation entre les deux selon le ressenti du moment.

•  Relationnelle :
Je salue en toi cet espace où l’univers entier réside.
C’est un lieu d’amour, de lumière, de présence.
Quand tu es dans cet espace en toi,
Quand je suis dans cet espace en moi,
Nous sommes Un.

Le tout dans les parties, les parties dans le tout (cliquez ici).
Il s’agit d’un développement autour du mot sanskrit « namasté », étymologiquement « je te nomme » – « par cette nomination je reconnais ton existence ».

aum banner

•  Spirituelle :
« Aum ». Tout simplement.

« Entre dans le son et, lorsqu’il s’éteint, glisse dans la liberté d’être. »
Tantra Yoga (traduction du Vijnânabhaïrava par Daniel Odier – sadhana 39)

A répéter (mentalement), en lien avec la respiration. En voici deux possibilités :
– d’un trait à l’inspiration, comme une graine qui germe (« a »), pousse (« o ») et éclôt en fleur (« m »), pour profiter en silence de l’expiration ( » « ).
– en quatre temps : inspiration « a », pause « o », expiration « m », pause  »   « .

Dans ce blog, quelques articles sur le son ‘aum’ : ici ou ici.

YOGIC PHILO : Fouette, Cocher ?

jougboeufEtymologiquement, il est considéré que le mot « yoga » est porteur de la même racine que le mot « joug ». Alors c’est sûr qu’en français, on associe à ce mot, « joug », toutes sortes de situations négatives – esclavage, dictature, oppression. Pourtant, le joug est tout simplement l’attelage que l’on posait sur un boeuf pour pouvoir cultiver la terre. Comment cette métaphore (utilisée par les philosophes antiques, qu’ils soient grecs, latins ou indiens) peut-elle devenir symbole de l’être humain ?

Philippe de Meric, dans « Le Yoga Sans Postures » (1), suggère la répartition suivante de « l’homme-attelage » : corps = carrosse // intellect = cocher // émotion = chevaux // conscience = passager.

« Un véhicule en bon état, bien entretenu, tiré par un cheval convenablement attelé et dressé, obéissant à un cocher connaissant son métier, suivant les instructions d’un maître dont il comprend les instructions, voilà, certes, un idéal bien simple. » (1) C’est effectivement limpide, même si au quotidien cette séparation des différentes parties peut s’avérer un peu fausse.

Contrairement à de Meric, je cède à l’envie de moderniser l’image. Déjà, un moteur de Mercedes n’a pas grande liberté dans une 2CV, et sera source de tensions intérieures fortes, jusqu’au moment où l’on accepte de rénover la carrosserie, souvent douloureusement, en acceptant du même coup de quitter la nostalgique tendance vintage. Ou une Aston Martin avec un moteur de Smart sera bien vide à conduire (*insérer : blague blonde*). Mais ne désespérons pas, tout est possible tant que l’on est encore en vie !

Il n’y a pas de mot isolé, tous les mots se rapportent à d’autres – en « rhizome » comme dit Ricoeur. Si l’on pousse la réflexion plus loin, il me semble que l’attelage pose la question de la route. Filons la métaphore : à quoi sert d’avoir une Ferrari sur une route de terre ? Avons-nous la possibilité d’influencer l’état de la route ? Et / ou sommes-nous capable d’accepter de ralentir le temps des méandres campagnardes, avant d’atteindre la nationale puis de se griser sur l’autoroute (sachant qu’il faudra peut-être repasser par une route de terre à un moment) ? Et le paysage, vous le trouvez comment ?

Sur ces grandes questions, om,
Débo

(1) 1967, Livre de Poche – citations p. 47 et 49

YOGIC PHILO : Mon Corps, Ma Tête, et Moi

Il y a mille yogas. Non, il y a en plus : autant d’individus que de yogas.

Ma pratique personnelle s’était récemment éloignée des postures, tout en ne retrouvant pas l’ardeur de la méditation silencieuse quotidienne que je tenais pourtant depuis novembre dernier. Les raisons officielles en sont nombreuses : un livre, une rencontre, une blessure. Un voyage à la jonction entre mes activités passées et le yoga. L’occasion de réfléchir à certaines croyances communément diffusée sur le yoga occidental. Celui qui est aujourd’hui à la mode, celui que l’on pratique dans les bureaux, les clubs de sport, les théâtres, les hôpitaux, les écoles.

Iyengar en « eka pada urdhva dhanurasana »

Ce que nous appelons ici « yoga » n’est pas pratiqué – ou si peu – en Inde. Notre système postural trouve en effet ses racines ici-même, en Europe. Il a été mis en place dans les années 30 par des résistants à l’envahisseur britannique, créant des lignées de yogis ouverts sur l’Occident. Leurs sources d’inspiration : les exercices du Suédois Ling, la gymnastique holistique féminine, l’éducation physique militaire, l’anti-gymnastique, et les contortionnistes de cirque ! (cf. « Yoga Body » de Mark Singleton)

Puis ce système postural nous a été ramené, sous un autre nom, digéré et régurgité pour nourrir l’Europe spirituellement affamée par la Seconde Guerre Mondiale et le post-colonialisme : le « yoga ».

De quoi sérieusement douter mon système de croyances. Prof de yoga, c’est, finalement, comme être prof de gym ? J’avais bien mérité ce gros mal de dos de Pâques, pour m’autoriser à rester immobile, en silence ! Pour digérer la nouvelle et réfléchir à ma posture mentale vis-à-vis des postures physiques.

Une contorsionniste en « Urdhva Dhanurasana » modifié ;-)

Hier, j’ai retrouvé ma pratique quotidienne à la maison. J’ai renoué avec ma source d’énergie. Si elle n’est pas justifiée par une spiritualité orientale, quel est son nom ? La réponse est en deux parties.

Premio : le plaisir de reprendre possession de son corps. Comment penser librement si le corps nous rappelle à lui, petits bobos après grands maux ? Au fil de ces semaines, où ma seule pratique physique est venue des cours que je donne et de mes trajets quotidiens à vélo, je me suis sentie prisonnière de ce corps, et par extension, de ma tête et de mes choix de vie. Or je sais que mes décisions passées ont été justes. Pourquoi une telle tension entre moi et moi-même, dans ce cas ?

Travailler le corps par des postures intelligentes, avec le soutien du souffle, en donnant une intention à ce travail, permet de reprendre le contrôle des rênes. Cela nous reconnecte avec nos sensations corporelles, notre sixième sens, ce vigile qui nous mène à bon port en temps de brouillard. C’était le sujet du dernier Sciences et Avenir : le ventre est notre deuxième cerveau. Que penser, alors, des milliards d’autres cellules, propriétaires ou invitées, qui forment notre corps ?

::: microcosme dans macrocosme :::

D’autre part, il paraît qu’Iyengar (père) disait souvent que la spiritualité, ce n’est pas pour les gringalets. Certes, les austérités physiques extrêmes font partie des pratiques spirituelles de l’Inde. Mais au niveau où nous les pratiquons, il est difficile de les appeler « tapas ». Il ne s’agit pas non plus d’atteindre le poids idéal, de devenir plus souple, plus fort, plus musclé. Ces buts-ci sont des leurres, des limites culturellement acceptables.

Il s’agit d’explorer les frontières matérielles de cette vie, de huiler les essieux de ce merveilleux véhicule qu’est notre corps, un univers en lui-même, unique et si complexe, où nos différents niveaux de conscience trouvent leur assise.

Ici et maintenant, on appelle cette pratique « yoga ». Je n’ai pas de meilleur nom à proposer. « Yoga » signifie « intégration », « union » : intégrer le mental au physique, unir le physique au mental, et découvrir que notre identité va au-delà des limites de l’un autant que de l’autre. Tout comme je préfère dire « week-end » que congé de fin de semaine, ou « bonzaï » plutôt qu’arbre nain cultivé d’une certaine manière pour le rester.

Deuxio : ma culture est européenne, française même. Toute enrichie des pérégrinations des générations précédentes qui ont abouti à Paris, elle s’inscrit dans une attitude judéo-chrétienne, pour être précise. La spiritualité orientale a été idéalisée par ceux qui la découvraient pour la première fois. Pour eux, cette manière de voir le monde était pure, simple. Elle était surtout nouvelle, exotique. Elle nous a donc été présentée comme notre salut, à nous pauvres vieux Occidentaux qui avions tué nos dieux.

Aujourd’hui, nous avons la chance de vivre une époque où toute information est potentiellement accessible. Cela peut nous permettre d’étudier de manière comparée les croyances des différentes cultures, de nous renseigner plus en profondeur sur ce que nous savons, et ce que nous pouvons savoir. Pour mieux nous rendre compte des problèmes de lecture que nous avons rencontrés, comme toute culture humaine. De l’exigence aveugle du dogmatisme. De l’idéalisme nuageux de ceux qui trouvent l’herbe plus verte chez le voisin.

Mais aux racines des croyances, qu’elles soient proches ou lointaines, se trouve la même sagesse.

Il y a mille yogas. Il n’y a qu’un but. Le but, c’est le chemin. Alors autant maintenir notre char en bon état.

5 MINUTES A SOI : Langue et Pensées

Pour les yogis, l’esprit est souvent comparé à un singe sauvage, que l’on chercherait non pas à contrôler mais à apprivoiser et apaiser. Un de mes professeurs a émis l’hypothèse d’un lien entre parole et langue, qui serait si ancré que ce muscle se contracte même sous l’impulsion de pensées. Une solution pour calmer ce petit singe parfois si monstrueux se trouverait donc dans la détente de la langue.

Pour tenter l’expérience – qui fonctionne ! – je vous propose aujourd’hui une série d’exercices qui se pratiquent dans une position confortable, assise ou allongée.

En plus de leurs buts premiers, ils engagent la langue et permettent donc de mieux prendre conscience de sa tension. Et pourquoi ne pas évoquer aussi l’avantage de travailler et détendre les muscles faciaux ? Ca développer une plus grande souplesse de la peau. Résultat dérivé : moins de rides. Que demander d’autre ? ;-)

– Sitali
On est ici dans le domaine du pranayama, ou contrôle du souffle vital. Cette respiration est particulièrement agréable en été ou après une séance musclée, pour refroidir. Elle peut également être une aide précieuse pour arrêter de fumer.
Commencez par détendre le regard et décrisper le visage. Si votre langue le peut, roulez-la et placez-la entre les lèvres comme un tube. Si ce n’est pas possible, placez le bout de la langue derrière les dents du haut. Inspirez lentement par la bouche, expirez (lentement aussi) par le nez. Recommencez une dizaine de fois.

– Simha
Simha, ou Simba – et oui, le lion en sanskrit – est une posture complète. Nous n’en retenons ici que la composante respiratoire, adaptée et modifiée.
Fermez les yeux, contractez tous les muscles du visage – comme si vous aviez mangé un citron très très acide. Puis prenez une grande inspiration par le nez, avec le bout de la langue le plus loin possible à l’arrière de la bouche. A la fin de l’inspiration, ouvrez grand les yeux, la bouche, tout le visage, et tirez la langue le plus loin possible. Expirez par la bouche, en faisant un « rhaaaa! », comme le rugissement d’un lion. Recommencez une dizaine de fois.

Puis laissez votre langue se poser mollement sur le palais bas. Observez, enfin, ce qu’il se passe, ou plutôt, ce qui ne se passe plus.

Om shanti !
Débo