PETIT SAGE: les Courts-Circuits de la Spiritualité

Je pensais que ce blog entrerait en hibernation… Mais je ne résiste pas à la tentation de partager cet article (en anglais) : 10 comportements faussement spirituels

Dans les années 80, un psychothérapeute américain converti au bouddhisme a inventé l’expression « court-circuit spirituel »(« spiritual bypassing »). Elle désigne les voiles et les mensonges à soi-même vis-à-vis de certains aspects de la vie qui sont vus comme désagréables ou indésirables. A chacun d’entre nous donc de dépasser la vision bisounours du cheminement spirituel sur lequel on s’engage pour se divertir ou (se) fuir. 

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 De l’aveuglement dans l’obscurité à l’aveuglement dans la lumière, les borgnes savent dire la différence. Mais seuls ceux qui vivent peuvent se réveiller les deux yeux grands ouverts. Si le désir est là, y’a plus qu’à. 

CHER YOGA : Le Lancement

Longue vie aux formules gagnantes.
« Le succès, c’est 99% de travail et 1% de talent », paraît-il.
Ou encore : « Practice, and all is coming », selon feu le grand yogi Pattabhi Jois.

Pourtant : quel est le sens d’une pratique orpheline de théorie ? Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ? Que cherchons-nous ? Que trouvons-nous ? A quoi ça sert ? Que pouvons-nous faire de plus, de mieux, d’autre ?
(Et si j’y ajoutais toutes les grandes questions existentielles depuis l’origine de la pensée humaine : D’où viens-je ? Où vais-je ? Qui suis-je ? Pourquoi ? Pourquoi ?)

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Cet article signe l’inauguration d’une nouvelle section du blog. Qui répond à toutes vos questions. Oui, toutes. Des plus terre-à-terre aux plus mystiques ! Je tenterai de mettre en lumière les réponses multiples et variées que le yoga, et les nombreux chercheurs spirituels qui nous ont précédés, peuvent proposer. Avec humilité, et des pincettes un peu décalées. Et surtout, sans recette miracle. Parce que le seul miracle, franchement, c’est que nous soyons encore ici  aujourd’hui avec la possibilité de trouver toujours un peu de place dans notre coeur.

Alors allez-y, ne soyez pas timide, envoyez-moi vos questions. Via les commentaires ci-dessous. Ou par email.  Ou par hibou. Toutes, oui oui, toutes. Quelles qu’elles soient, qu’elles aient un lien direct avec des pans de la pratique, posturale, intérieure, ou qu’elle porte sur son application (même éloignée) au quotidien.

J’attends de vous lire !

YOGIC PHILO : Mon Monde, Ton Monde, Notre Monde

Je vis dans un monde où, dans la file d’attente de la caisse du supermarché un samedi après-midi, on me propose de passer devant car je n’ai que peu d’articles. Dans ce monde, lorsque j’ai besoin de m’assoir dans le métro, il y a toujours quelqu’un pour m’offrir son siège, spontanément. Dans ce monde, lorsque je me rétracte d’une acquisition immobilière, la propriétaire m’appelle pour me soutenir dans la continuation de mes recherches. Dans ce monde, lorsqu’un automobiliste oublie d’allumer ses phares la nuit, ou a mal fermé sa portière, je le lui signale. Dans ce monde, je ramasse les menus déchets que mes voisins ont par inadvertance laissé tomber dans la cage d’escalier. J’ai pris la responsabilité de tout ce que je vois, et de tout ce que je vis. J’ai appris à demander de l’aide, et à accepter d’être aidée. Dans ce monde, je ne sais pas si je reçois ce que je demande, ou si je demande ce que je reçois. Je sais seulement qu’il est possible de recevoir sans ôter, et de donner sans se priver.

gravity-glue2Dans ce monde que j’ai construit, de sacrifice en sacrifice, petit caillou par petit caillou, je me sens à ma place. Il y a de la douleur, parfois, mais jamais de souffrance. J’y ai découvert ce que signifie être digne, être fier, être à sa place, dans l’acceptation de l’impermanence. Ce que signifie être heureux. Alain Badiou, Métaphysique du Bonheur Réel (PUF, parution : janvier 2015) : « Le bonheur est la venue, dans un individu, du Sujet qu’il découvre pouvoir devenir ».

Cela nécessite une grande exigence, et l’écoute attentive de la voix intérieure. Celle qui nous dit lorsqu’il faut persévérer, et lorsqu’on a besoin d’une pause. Celle qui, parfois, aussi, reste silencieuse. Dans ce monde, je prie quotidiennement pour trois qualités : le courage de changer ce que je peux changer, la patience d’accepter ce que je ne peux pas changer, et la sagesse de discerner entre les deux.

Flora Borsi : Photoshop in Real LifeDans notre monde, nous recevons chaque jour des messages contradictoires. On nous compare à une perfection imaginaire, une projection parfaite. On nous somme de mettre tels produits dans notre assiette, tels autres sur diverses parties de notre corps. On nous dit quoi penser, comment, quand. On nous vend les recettes magiques du bonheur. Si nous écoutions tous ces conseils, divergents, intéressés, nous deviendrions fous. La faute à qui ? Il ne peut y avoir de victime sans bourreau. La réciproque est également vraie.

Ce regard extérieur, il est celui du groupe, poli au fil des longues histoires croisées de la moralité, de l’esthétique, du pouvoir et de la peur – du pouvoir de la peur. Nous l’avons intériorisé. Nous avons accepté d’être infantilisés au-delà de l’âge de raison. Nous continuons de boire du lait maternel bien après notre sevrage. Nous continuons à vouloir être aimés, à tout prix. Lors de l’enfance, c’est une question de survie. A l’âge adulte, c’est un choix inconscient, régressif, délétère. Nous avons accepté d’être soumis aux désirs et aux lois d’un dieu qui se nomme contrat social. Mais ce dieu, par la multiplication contemporaine des influences, est devenu illisible, si ce n’est par le carcan greffé à même notre peau. Nous sommes des esclaves volontaires, par confort, par peur. Peur de l’inconnu, peur de ce regard de l’autre en nous. Peur d’être ostracisés. Qu’est-ce que l’appartenance ? Qu’est-ce que la liberté ?

internet mondeJe rêve d’un monde où nous connaîtrions la vie de nos proches par ce qu’ils choisissent de partager avec nous lors de moments privilégiés, et pas parce qu’ils postent sur les réseaux sociaux. Je rêve d’un monde où l’important ne serait pas le contenu verbal, mais le contenant. Où nous utiliserions la formidable avancée technologique des dernières décennies pour nous rapprocher, pour nous ouvrir, plutôt que nous oublier ou nous séparer. D’un monde où le matériel primerait sur le virtuel lorsqu’il s’agit de contact avec les autres. Où l’amitié ne serait pas un compteur sur une page internet. D’un monde où l’information serait accessible, mais où elle ne défilerait pas comme les étoiles d’un 15 août.

Je rêve d’un monde où nous ne voterions ni contre, ni par défaut ; d’un monde où nous voterions pour. Pour un projet « humaniste » : un projet qui replace l’humain face à ses responsabilités. Celle d’avoir la possibilité de dire oui ou non. Celle d’être capable du meilleur comme du pire. Celle du choix. J’ai longtemps cru que « lancer un pavé dans la mare » était synonyme de « battre le vent ». Nous ne sommes pas noyés dans la démographie mondiale surnuméraire. Nous avons la possibilité de voter, par chaque geste quotidien, pour le monde que nous souhaitons laisser aux générations futures, quelle que soit leur distance géographique.

C’est mon vœu pour cette nouvelle année. Ce le sera encore, sans doute, pour les suivantes.

ACTU : d’une Côte à l’Autre

Je suis de retour à Madras après quatre jours à Bombay. A l’arrivée, le disque rouge du soleil couchant au bout de la piste de l’aéroport.

Retrouver mon quartier, Manapakkam, et le paysage de bruits familiers que j’ai déjà peint sur ce blog. M’installer à nouveau dans ma petite chambre monacale sur le toit de la maison Repose à Krishna Enclave, restée bien au frais sous le château d’eau. Les moustiques ont dû se languir de moi, ils me font la fête…
19h30, le gong du dîner à l’ashram : chapati, délicieuse sauce aux haricots, un peu de riz blanc. Et l’impatience de retrouver le hall de méditation demain matin.

Quatre jours à Mumbai donc, où je me suis remise – le timing était bien bon, sur plusieurs plans – d’une intoxication alimentaire ; et où je me suis laissée absorber par la mégapole, dont j’ai (entre autres) brièvement visité le plus grand bidonville.

Shivaji Nagar : 600’000 habitants ; la mémoire du tournage d’un blockbuster primé dont vous devinerez le titre ; au bout d’une allée, une crique sur la mer d’Oman ; au centre, une montagne de déchets.

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Ce qui prend lorsqu’on arrive à Shivaji Nagar, c’est l’odeur. Avec le temps, la montagne se minéralise, des touffes de végétation prennent racine ici et là. Mais les camions continuent de déverser les ordures au quotidien.

Des flaques d’eau stagnante, de la boue miasmatique, des colonies de mouches. Quelques poules en liberté narguent leurs tristes congénères entassées dans des cages de fil de fer ; des biquettes lasses au bout d’un fil machouillent leur langue ; et un chaton se faufile discrètement.
Sur la montagne, des enfants, des adolescents, quelques adultes fouillent, trient. Dans des espaces à peine plus grands qu’un dressing parisien, à côté d’ateliers d’artisanat très fin, les meilleurs chiffonniers : l’élite du recyclage.

A Shivaji Nagar, ce n’est pas le manque de travail qui pose problème, ce sont les conditions de vie : l’entassement, l’insalubrité et son lot de maladies, respiratoires, cutanées. La malnutrition. La promiscuité. Et le manque d’éducation des migrants, majoritairement musulmans, venus du Nord chercher la richesse dans la plus grande ville d’Inde. Proies faciles pour la mafia, qui contrôle l’eau, l’électricité, le foncier. Le problème est insoluble, et pas qu’en Inde : comment proposer des solutions à quelque chose qui n’a pas droit d’être et qui n’existe officiellement pas ? Ce serait entériner la situation, reconnaître l’état de fait…
Régulièrement, le gouvernement rase. Et systématiquement, ils se réinstallent.

Et pourtant, je n’ai pas le coeur qui se serre. Oui, c’est la misère. Mais la vie est là. Forte, plus forte que tout. Chacun a une place. Et tout semble avoir un sens. Rien à voir par exemple avec Salvador de Bahia, la drogue et la prostitution des enfants. Ici, ce n’est pas une déchéance, c’est un élan de vie.

Elan de vie soutenu par des ONG, dont Apnalaya, qui travaille pour les enfants et les femmes. L’artiste français Georges Rousse a mené pendant une semaine une action bénévole, avec des enfants de l’association, et une petite équipe venue de France. Son emblématique étoile anamorphique a été peinte en quatre versions dans un des locaux de l’association, et des photographies en seront vendues pour donation.

etoile Georges Rousse Apnalaya 200114L’improbable confrontation de deux mondes, et le bonheur des enfants de faire quelque chose pour le simple plaisir de l’oeuvre. Karma yoga, dans son sens le plus pur.

UN JOUR, UN KOLAM : Judaïsme et Esotérisme

L’ésotérisme, c’est le message caché des doctrines spirituelles, c’est ce qui se transmet par expérience ou de maître à disciple, mais qui n’est pas accessible au premier degré, par simple lecture littérale. On le retrouve dans toutes les traditions mystiques, et sa transmission est généralement liée à une symbolique.

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Le jour où je me questionnais sur la question de mon appartenance au Judaïsme, la voisine a dessiné ce kolam. Dans le Judaïsme, c’est l’Etoile de David, qui représente l’alliance de Dieu et du « peuple élu ». Dans la symbolique indienne, c’est l’union du masculin – triangle qui pointe vers le haut, pénétration – et du féminin – triangle qui pointe vers le bas, réceptivité. Finalement, c’est aussi par la symbolique que l’on crée des ponts entre les traditions… Alors, shabat shalom !