ACTUS : Les Ateliers du Dimanche

Un dimanche après-midi, à Paris : se retrouver sur un tapis de yoga. Avec deux heures et demies de temps devant soi.

Deux heures et demies pour soi, rien que pour soi. Sentir le corps, en mouvement. Vivre la respiration, lui offrir plus de place. Intégrer les pensées, les images. Oser faire l’expérience de toutes les sensations, avec courage et détermination, avec compassion et patience. Reprendre possession de tout ce qui nous compose. Sans séparation, sans jugement, sans classification.

Savoir qu’on aura l’impression de flotter à la fin de ces deux heures et demies, que tout paraîtra plus coloré, qu’on se sentira plus vivant. Savoir que le sommeil de cette nuit-là sera profond, que le réveil lundi matin sera paisible, heureux, et qu’on aura peut-être des courbatures. Prendre ce temps, fournir ces efforts, pour se rappeler que cet état de présence à soi est toujours disponible. Qu’il est notre état naturel. Et qu’il suffit de poser les balises, pour apprendre à le retrouver.

Une randonnée commence par un pas. L’amour commence par celui que l’on s’offre. Le yoga est un merveilleux outil pour explorer tout cela. C’est celui que j’ai choisi – ou qui m’a choisie, on ne saura jamais. Et je suis emplie de gratitude de pouvoir le partager avec d’autres, chaque jour, tous les jours.

2h30 de pratique complète en petit groupe pour explorer le répertoire du yoga : séquences posturales ludique et dynamiques, exercices de respiration, méditation, visualisations, relaxation profonde guidée, questions-réponses autour d’un thé, …

Dates, adresse, tarifs : ici.

ParisYoga

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YOGIC PHILO : Animal, Humain, Divin

Un lundi 16, trois jours après un vendredi 13 : j’embarque dans l’avion pour Chennai. Pour deux semaines… Que je crois !

Et aujourd’hui, exatement six mois plus tard, j’ai fait quelque chose qui aurait été inenvisageable avant mon départ. De retour d’une retraite silencieuse au Danemark, je me suis sentie comme qui dirait « appelée » à enchaîner, en très petite tenue, en face d’un miroir, dans une salle surpeuplée et surchauffée, une série d’asanas suivant un script fixe beuglé dans un micro. Je me suis lancée un défi. 10 jours de Bikram Yoga. Et j’y vais de mon plein gré. Avec entrain, même.

bikram-yoga-maraisEn voici la raison : une pensée particulière a mûri au cours des six mois presque sabbatiques qui se closent donc aujourd’hui. Une pensée que je déroule maintenant en trois parties, et qui propose une définition de cette étrange espèce que nous sommes.

Petite introduction : Souvent, les courants spirituels monothéistes considèrent que le but ultime de l’être humain, c’est d’être divinisé. La vie unitive dans le christianisme, la descente du surconscient d’Aurobindo, la transformation en livre ouvert dans le judaïsme, par exemple. En plus d’affirmer l’existence d’un modèle absolu qui nous aurait créés à son image après s’être échauffé sur le reste de l’univers, ce but est très abstrait…

Résumé du premier point : L’humain en nous, c’est la volonté.

alice pays merveilles choixCe qui donne notre humanité, qui nous différencie des animaux à un niveau basique, c’est notre volonté. Définition : le choix d’agir « oui » et d’agir « non » face à toute situation. A la volonté, sont rattachés le discernement et l’intuition. C’est-à-dire la capacité à juger et à jauger une situation, par les moyens de l’intellect et de l’émotionnel, afin de décider de l’action la plus juste pour y répondre. Cette volonté, portée à son développement suprême, fonctionne sans aucune projection, dans une objectivité totale de chaque situation. Comme si chaque fois était une première fois.

Les conséquences collatérales : une grande joie, un émerveillement, et la liberté. Vivre le présent. Aha, aurions-nous ici une définition de la fameuse « libération » qui obsède les Yogis et les Bouddhistes (entre autres) ?

Comment y parvient-on : Il faut avoir travaillé sur soi. Oui, il « faut » : c’est bien une injonction. Avoir clarifié ce que la tradition du yoga nomme l’égo : cette partie en nous qui veut maîtriser, posséder, contrôler. Travailler sur nos peurs, notre ignorance, nos fausses croyances, nos projections, nos conditionnements. En bref, travailler sur le plan psychologique. Mais pas seulement en s’allongeant sur un divan pour divaguer en associations libres – même si ce peut être excellent pour dégrossir. Dans l’univers du yoga, la méditation est ce qu’il y a de plus efficace (« patience et longueur de temps etc. ») pour polir cette fonction.

Résumé du second point : Le divin en nous, c’est l’amour.

coeur lumiere mains

Dieu est amour. Ou plutôt, l’amour, c’est Dieu. Mouais bof… J’ai toujours l’impression d’employer un gros mot … Trop de passif. Alors disons : l’amour est divin. C’est ce qui nous élève, ce qui fait que nous sommes capables d’agir à l’encontre de la logique de survie. L’amour, le vrai, est donc ce qui veut que l’être aimé soit parfaitement heureux, et qui fait passer son bonheur avant tout. L’amour, le vrai, ne peut être qu’inconditionnel. Parfois, on le rencontre dans une relation intime, une relation dite amoureuse. Parfois, on le rencontre en une personne que l’on élit comme guide spirituel, qui par ses actions, sa manière d’être, propose un modèle parfait. Parfois, on a la chance d’avoir les deux…

Les conséquences collatérales : l’ouverture, la tolérance, la générosité, qui nous traversent dans la relation aux autres. Ici, nous trouvons la « réalisation ».

Comment y parvient-on : Il suffit de le vouloir pour l’avoir. Mais pour le vouloir, encore faut-il l’avoir déjà entr’aperçu, en avoir eu un avant-goût. Et pour cela, il faut (oui, il « faut ») que l’humain (notre volonté, et tout ce qui l’accompagne, donc) soit totalement perfectionné, et il faut accepter de se mettre à nu. En transparence. Rien à prouver, rien à cacher. Car les sensations cosmiques, les intuitions mystiques (c’est-à-dire le vécu de quelque chose de mystérieux, d’illimité), les expansions de conscience, sont des cadeaux. Il est impossible de les maîtriser, de les contrôler, de les provoquer. On peut en faciliter l’accès, c’est tout. Un cadeau ne se réclame pas.

Résumé du dernier point : L’animal en nous, c’est le corps.

lion defense nourritureObservation irréfutable car bassement concrète : le corps est constitué de matière. L’organisation de cette matière découle de l’évolution du vivant, vers une efficacité et un équilibre doubles, interne et avec l’environnement, dans l’exploration de toutes les possibilités. Oui, la nature est bien créative. La station debout marque une certaine différence avec les autres animaux, certes. Mais elle ne nous dispense pas des fonctions organiques qui sont le lot de tout organisme. On peut donc dire que le corps est animal. Et cela ne changera pas. Non, je ne pourrai jamais physiquement déjouer les lois de la matière. Ou plutôt, je n’ai pas envie d’essayer : j’habite Paris… Difficile de concilier lévitation, alimentation pranique, et gestion du cadenas de bicyclette. Mais je peux choisir de l’entraîner, ce corps, ce système fermé et ouvert à la fois, pour qu’il soit en meilleure santé possible.

Conséquences collatérales : souplesse et force, être « gaulée » (si cela ne nécessitait pas une très longue digression, j’écrirais ici volontiers sur notre place dans la société de consommation, et sur ce que je perçois d’hypocrite dans la mode de la critique facile). Autres conséquences collatérales : sensation de facilité gracieuse, de légèreté, que chaque organe qui construit ce corps fonctionne à sa place et de manière optimale.

Comment y parvient-on : il faut (oui oui, toujours l’injonction) à la fois manger correctement et bouger cette matière correctement. Pour éviter à nouveau une longue digression, je ne développerai pas ici les nombreuses justifications d’un régime végétalien. Pour la seconde partie de l’injonction, les postures de hatha yoga (de quelque école que ce soit) sont parfaites. Et voici la justification de mon challenge Bikram.

Une petite conclusion : nous naissons animaux. Lorsqu’au fil de notre croissance nous clarifions ce par quoi le monde qui nous entoure devient intelligible, c’est-à-dire l’intellect et l’émotionnel, nous devenons humains. Et lorsque nous installons en nous l’amour, nous sommes divins. Un être humain véritable, c’est l’intégration de ces trois parties totalement et à chaque moment. CQFD ?

Enfin, un épilogue : j’enseigne ce que j’appelle le « yoga intégral ». Intégral parce qu’il est possible d’apprivoiser, de cultiver, de développer simultanément l’animal, l’humain et le divin en nous. C’est en jetant un oeil en arrière que l’on mesure le chemin parcouru… Et l’écho résonne fort avec un article écrit alors que j’étais toute novice dans l’enseignement du yoga.

marches shravanabelagolaSources des images : un cours à Bikram Marais, site internet du centre ; Alice au Pays des Merveilles, dessin animé de Disney (1951) ; bougies dans les mains (c’est bien galère, de trouver une illustration de l’amour qui ne soit pas kitsch ou limitante…!), article sur le blog d’un collectif de thérapeutes britanniques ; lion défendant sa nourriture, Afrique du Sud, collection personnelle ; chemin dans les montagnes, Shravanabelagola, Inde, collection personnelle.

YOGIC PHILO : Architecture Ontologique en Chiffres

Voici un résumé très rapide et assez brut – une adaptation selon mon expérience à ce jour – de quelques concepts symboliques que le yoga propose pour comprendre l’être. L’interprétation de chaque notion est bien sûr ouverte à discussion, à approfondissement. Il y aura des articles plus détaillés au fil du temps. En attendant, si vous le souhaitez, l’espace « commentaires » du blog est là pour ça.

3 cordes (à son arc) • 5 écorces • 7 roues • 8 piliers

architecture lumiere reflet

Nul n’échappe aux 3 cordes, ou ‘gunas‘ en sanskrit : il s’agit des trois forces physiques basiques. Tamas, la force d’inertie, qui immobilise ; rajas, la force centrifuge, qui sème ; sattva, la force centripète, qui rassemble.

Qu’en faire ?
Dès que l’on se sent bloqué, fatigué, ‘blasé’, ou au contraire en hyperactivité, essayer de reconnaître quelle force est entrée en jeu pour en mobiliser les qualités, plutôt que d’engager une lutte acharnée à contre-courant.

forces opposees

Ne pas se contenter d’exister, chercher à être : il ‘suffit’ pour cela d’habiter nos 5 écorces, ou ‘koshas’. Notons ici la correspondance avec la pyramide des besoins établie par le psychologue humaniste Abraham Maslow : Annamayakosha, le corps physique ; pranamayakosha, le corps physiologique ou subtil ; manomayakosha, l’émotionnel ; vijnanamayakosha, l’intellect ; anandamayakosha, la reliance (spirituelle). Du plus grossier au plus subtil, l’un ne peut fonctionner sans l’autre, chaque pan à l’interface avec le précédent et le suivant.

Qu’en faire ?
Si l’on se sent ‘à côté de ses pompes’, se mettre vaillamment et patiemment à l’écoute des fluctuations dans les 5 écorces. Et apprendre à les accueillir, ces fluctuations…

ecorce

7 roues : les fameux chakras… Non, ils n’existent pas – physiquement. Cependant, en passant par les régions symboliques du corps dans lesquelles ils se placent, ils proposent un système pour penser les fonctions vitales de l’être. Ce système est utile pour identifier les éventuels déséquilibres dans l’habitation de notre vie, de nos écorces. Muladhara, la racine ; Swadisthana, le fondement ; Manipura, l’instinct ; Anahata, le coeur ; Vishuddhi, la communication ; Ajna, l’intuition ; Sahasrara, la couronne.

Qu’en faire ?
Observer où et comment se placent les réactions, les sensations, dans le corps – que ce soit dans la vie quotidienne ou lors d’une séquence de yoga.

rainbow

8 piliers : Ashtanga. Texte fondateur de la pratique du yoga en Occident, les Yoga Sutras de Patanjali offrent 8 directions de pratiques : yama, les prescriptions relationnelles ; niyama, les prescriptions personnelles ; asana, l’habitation juste du corps ; pranayama, l’équilibre des fonctions vitales ; pratyahara, l’intériorisation, l’habitation du centre ; dharana, la concentration ; dhyana, la méditation ; samadhi, l’état d’unité.

Les yamas et les niyamas sont détaillés dans un article : cliquez ici.
Les commentaires sur les autres piliers sont en cours de ‘fabrication’ pour le blog.

Qu’en faire ?
Option 1 : on considère les 8 piliers comme les étapes du cheminement vers soi, universel à toutes les cultures. Cela impose (tout simplement, n’est-ce pas) de prendre conscience de l’aspect ‘spirale’ de la vie : cyclique, mais pas tout à fait, un cercle et une droite à la fois. Les moments où l’on repasse par une même étape, tout en ayant parcouru un certain chemin. La même étape, mais pas tout à fait.
Option 2 : on considère qu’un cours de yoga est l’espace-temps parfait pour explorer concrètement ces piliers : c’est pour cela que l’on parle de la ‘pratique’ du yoga.
Option 3 : un peu des deux à la fois.

piliers de glace

Pour grandir et se réaliser, il incombe à chacun d’accepter la responsabilité de sa vie. Peut-être s’agit-il de découvrir sa manière personnelle, unique, de colorier ces symboles. En mots, ils ne sont après tout que des concepts : une tonne d’idées ne feront jamais le poids face à une plume d’expérience.

YOGIC PHILO : Commentaires sur les Yoga-Sutras de Patanjali (1)

La citation suivante est tirée de la préface de Françoise Mazet, traductrice et commentatrice des Yoga-Sutras de Patanjali (Albin Michel, coll. Spiritualités Vivantes, 1991) – édition que je ne peux que recommander chaudement à tous les yogis et yoginis qui souhaitent approfondir leur compréhension de la pratique.

« La lecture du Yoga-Sutra ne peut se faire qu’à la lumière de la pratique, celle-ci éclairant celle-là et vice versa. »

Les Yoga-Sutras sont un des textes fondateurs de la pratique du yoga en Occident : un des premiers textes sacrés de l’Inde à avoir été traduit du sanskrit par des universitaires, et publié pour la postérité.

Le premier chapitre, Samadhi Pada, « le chemin qui mène au Samadhi », détermine la finalité du Yoga. Celle-ci, « chitta vritta nirodha » (I.2), signifie littéralement l’arrêt de l’agitation du mental, c’est-à-dire la maîtrise des mouvements non-volontaires des pensées et des émotions, afin d’établir la connection avec notre « Centre » – afin de s’établir en soi. Il s’agit donc de chercher la « libération » des tendances d’éparpillement, pour être totalement en harmonie avec soi, en accueillant dans une légèreté engagée ce que la vie nous propose, sans s’y identifier. Le concept de Samadhi mériterait un long commentaire, qui viendra sans doute un jour sur ce blog. :-)

Occidentaux que nous sommes, l’aspect concret nous intéresse particulièrement, n’est-ce pas ? C’est donc dans le second chapitre, Sadhana Pada, que l’on trouvera les « stratégies » proposées par Patanjali permettant d’atteindre cet état de paix active. Dès le premier vers de ce second chapitre, Patanjali suggère qu’il est nécessaire de faire l’effort d’une vigilance de tout instant, s’exprimant dans les actes du quotidien : la recherche d’une connaissance de soi approfondie par la connaissance des textes sacrés d’une part, le lâcher-prise pour accepter ce qui est d’autre part.

Ce n’est qu’à partir du vingt-neuvième sutra qu’il s’applique à définir les huit pratiques permettant de discerner cet engagement automatique du mental, afin de l’apprivoiser : « Yama-niyama-asana-pranayama-pratyara-dharana-dhyana-samadhayo asthav angani ». Ce sont les deux premiers « membres » qui m’intéressent ici. Les « membres » suivants feront l’objet d’articles séparés.

Les yamas, règles de vie dans la relation aux autres, sont parents de nos commandements judéo-chrétiens (Patanjali exprime d’ailleurs leur caractère universel au verset II.31) :
ahimsa : « tu ne tueras point »
satya : « tu ne mentiras point »
asteya : « tu ne déroberas point »
bramacharya : « tu resteras pur en pensées et désirs », en lien avec la modération
aparigraha : « tu ne convoiteras point »

Les niyamas, règles de vie dans la relation à soi, fournissent une transition vers la pratique psycho-corporelle explicitée par les membres suivants :
shaucha : hygiène
santosha : contentement
tapah : discipline, engagement
svadhyaya : connaissance de soi (et des textes)
ishvarapranidhana : la confiance dans le flot de la vie, c’est-à-dire le lâcher-prise

Il serait possible de discourir bien plus en longueur sur chacune de ces règles…!

En tout cas, voici deux petites notes pour ceux que ces directives impressionneraient par leur nombre et leur envergure. Tout d’abord, la plupart d’entre nous (Occidentaux) avons intégré une grande partie de ces règles morales par l’éducation, que ce soit d’une manière consciente ou pas. Elles font partie de notre idéologie culturelle. Enfin, plus vous avancez dans la pratique, plus ces règles de vie s’intègrent facilement.

5 MINUTES A SOI : la Salutation au Soleil

A la demande d’élèves, voici une version simple de la salutation au soleil. Un peu plus que 5 minutes, mais pas plus de 15, c’est le temps que je vous recommande d’y consacrer régulièrement. L’idéal est de pratiquer de manière suffisamment assidue pour développer une mémoire « cellulaire » des mouvements du corps, permettant d’atteindre un état méditatif dans l’activité extérieure – que la fluidité se découvre d’elle-même.

Une citation qui est pour moi source d’inspiration et m’encourage à conserver une discipline dans la pratique : « Il est admirable que personne ne puisse te chercher, si ce n’est celui qui t’aura d’abord trouvé. Tu veux donc être trouvé pour être cherché, cherché pour être trouvé. En vérité, tu peux être cherché et trouvé, mais non prévenu. » Bernard de Clairvaux (XIe s.) Plus près de nous, on retrouve la même idée chez Soulages – ou Klee, la paternité de la phrase n’est pas tout à fait claire : « C’est ce que je trouve qui m’apprend ce que je cherche. »

Om shanti ! suryanamaskar deboyoga

La pratique du yoga nécessite l’accompagnement en confiance d’un enseignant qualifié, qui vous ajustera dans les postures afin d’éviter toute blessure.