YOGIC PHILO : Architecture Ontologique en Chiffres

Voici un résumé très rapide et assez brut – une adaptation selon mon expérience à ce jour – de quelques concepts symboliques que le yoga propose pour comprendre l’être. L’interprétation de chaque notion est bien sûr ouverte à discussion, à approfondissement. Il y aura des articles plus détaillés au fil du temps. En attendant, si vous le souhaitez, l’espace « commentaires » du blog est là pour ça.

3 cordes (à son arc) • 5 écorces • 7 roues • 8 piliers

architecture lumiere reflet

Nul n’échappe aux 3 cordes, ou ‘gunas‘ en sanskrit : il s’agit des trois forces physiques basiques. Tamas, la force d’inertie, qui immobilise ; rajas, la force centrifuge, qui sème ; sattva, la force centripète, qui rassemble.

Qu’en faire ?
Dès que l’on se sent bloqué, fatigué, ‘blasé’, ou au contraire en hyperactivité, essayer de reconnaître quelle force est entrée en jeu pour en mobiliser les qualités, plutôt que d’engager une lutte acharnée à contre-courant.

forces opposees

Ne pas se contenter d’exister, chercher à être : il ‘suffit’ pour cela d’habiter nos 5 écorces, ou ‘koshas’. Notons ici la correspondance avec la pyramide des besoins établie par le psychologue humaniste Abraham Maslow : Annamayakosha, le corps physique ; pranamayakosha, le corps physiologique ou subtil ; manomayakosha, l’émotionnel ; vijnanamayakosha, l’intellect ; anandamayakosha, la reliance (spirituelle). Du plus grossier au plus subtil, l’un ne peut fonctionner sans l’autre, chaque pan à l’interface avec le précédent et le suivant.

Qu’en faire ?
Si l’on se sent ‘à côté de ses pompes’, se mettre vaillamment et patiemment à l’écoute des fluctuations dans les 5 écorces. Et apprendre à les accueillir, ces fluctuations…

ecorce

7 roues : les fameux chakras… Non, ils n’existent pas – physiquement. Cependant, en passant par les régions symboliques du corps dans lesquelles ils se placent, ils proposent un système pour penser les fonctions vitales de l’être. Ce système est utile pour identifier les éventuels déséquilibres dans l’habitation de notre vie, de nos écorces. Muladhara, la racine ; Swadisthana, le fondement ; Manipura, l’instinct ; Anahata, le coeur ; Vishuddhi, la communication ; Ajna, l’intuition ; Sahasrara, la couronne.

Qu’en faire ?
Observer où et comment se placent les réactions, les sensations, dans le corps – que ce soit dans la vie quotidienne ou lors d’une séquence de yoga.

rainbow

8 piliers : Ashtanga. Texte fondateur de la pratique du yoga en Occident, les Yoga Sutras de Patanjali offrent 8 directions de pratiques : yama, les prescriptions relationnelles ; niyama, les prescriptions personnelles ; asana, l’habitation juste du corps ; pranayama, l’équilibre des fonctions vitales ; pratyahara, l’intériorisation, l’habitation du centre ; dharana, la concentration ; dhyana, la méditation ; samadhi, l’état d’unité.

Les yamas et les niyamas sont détaillés dans un article : cliquez ici.
Les commentaires sur les autres piliers sont en cours de ‘fabrication’ pour le blog.

Qu’en faire ?
Option 1 : on considère les 8 piliers comme les étapes du cheminement vers soi, universel à toutes les cultures. Cela impose (tout simplement, n’est-ce pas) de prendre conscience de l’aspect ‘spirale’ de la vie : cyclique, mais pas tout à fait, un cercle et une droite à la fois. Les moments où l’on repasse par une même étape, tout en ayant parcouru un certain chemin. La même étape, mais pas tout à fait.
Option 2 : on considère qu’un cours de yoga est l’espace-temps parfait pour explorer concrètement ces piliers : c’est pour cela que l’on parle de la ‘pratique’ du yoga.
Option 3 : un peu des deux à la fois.

piliers de glace

Pour grandir et se réaliser, il incombe à chacun d’accepter la responsabilité de sa vie. Peut-être s’agit-il de découvrir sa manière personnelle, unique, de colorier ces symboles. En mots, ils ne sont après tout que des concepts : une tonne d’idées ne feront jamais le poids face à une plume d’expérience.

YOGIC PHILO : l’Ecorce des Choses et les Portes de la Perception

Les magazines féminins et autres romans « légers » me dépriment (pas vous ??)… Je fournis donc toujours un (petit) effort pour décider de mes lectures de vacances. Celles dont je reviens ont été accompagnées par Claude Levi-Strauss (merci Miguel, recommandation parfaite !), et par la grande Annick de Souzenelle, dont est tiré le passage ci-dessous (1). J’y ai trouvé une magnifique description de ce que je cherche à apporter par l’enseignement :

« La nature nous invite à communier avec elle par la voie sensorielle. C’est une expérience étonnante que la reconstruction de l’équilibre d’un être, invité à des moments privilégiés de sa journée à vivre l’instant, et à le vivre plaqué au sensoriel – à la respiration, à la marche, à l’écoute d’une musique, à la saveur d’un fruit, etc. […] Combien la sensation vécue dans l’instant [peut] nous relier par une voie peut-être encore ignorée, mais cependant réelle, à JE SUIS de l’être !
Entre l’objet expérimenté et l’Homme viennent se glisser toutes les émotions dont s’empare le mental, et c’est lui, ce mental qui vagabonde et nous égare aussitôt loin de cette part sacrée de nous-mêmes. Si nous revenons à la sensation pure, qui nous met en contact avec l’écorce des choses, nous faisons alors l’expérience d’être parfois portés à sentir vibrer ou scintiller leur pulpe. Une conscience éveillée touche au plus profond de leur chair. Mais cette chair des choses soudain partagée est aussi capable d’éveiller notre propre chair, [qui] est notre conscience d’être. Bouleversant dialogue que celui de l’intérieur et de l’extérieur se recevant l’un l’autre et nous apprenant à aimer ! »

L’intérieur et l’extérieur s’articulent autour de ce que la tradition du yoga appelle les « portes de la perception » (dites bonjour à Aldous!) ou, en sanskrit, indriyas. On y retrouve nos cinq sens traditionnels – oeil/vue, oreille/ouïe, langue/goût, nez/odorat, nerfs/toucher – ainsi que le sixième sens, c’est-à-dire l’intellect en tant que fonction rendant l’environnement intelligible.

chene feuilles printemps

Du nouveau-né à l’enfant, de l’ado à l’adulte, de mûr à avancé : nous avons un corps, mais nous ne sommes pas ce corps. Alors au lieu d’essayer de le formater selon le moule culturel, on peut faire le choix de marcher en paix avec lui, de lui permettre de s’épanouir dans son rôle : celui de nous dévoiler, par ces (ses) six portes, la remontée labyrinthique vers notre centre.

La bonne nouvelle, c’est que les couleurs de la vie deviennent plus belles chemin faisant. Voici une offre qu’on ne peut pas refuser, comme dirait Don Corleone. N’est-ce pas ?

PS : Petit éclaircissement : ce que Souzenelle appelle le « JE SUIS de l’être » fait écho à ce(le/lui) que notre tradition judéo-chrétienne définit comme « Je suis celui qui suis ». On retrouve cette même idée dans l’Atman des hindous, « étincelle » du Brahman en l’humain ayant atteint à l’être. Il/elle est ce que Jung a nommé le « Soi » : notre essence immuable, ce qui constitue notre identité profonde.

PPS : Défi du printemps 2013 : définir l’intérieur et l’extérieur ! Microcosmes et macrocosmes en miroir, tout comme nous ne sommes pas « sur » Terre, nous sommes « dans » la Terre, l’extérieur ne commence pas à la peau… Plus on pénètre au-dedans, plus la dualité intérieur/extérieur devient floue. Si on ne s’est pas trop perdu en route, au plus profond de cet au-dehors, l’Autre se dévoile de l’intérieur.

(1) Ref : De Souzenelle, Annick, Le féminin de l’être, pour en finir avec la côte d’Adam, Albin Michel, [1997] 2000 : p.20-21

5 MINUTES A SOI : Chantez

Oubliez les traumatismes des cours de musique scolaires, oubliez les « tais-toi tu chantes faux il va pleuvoir ». Laissez tout jugement de valeur de côté, pour cette petite pratique libératoire. Chantez.

En plus d’échauffer la voix, cette technique toute simple permet de sentir les vibrations du son dans le corps – avec la détente que cela peut entraîner.

– Détendez votre visage avec quelques grandes respirations profondes, lentes, dans tout l’espace de la cage thoracique ;
– détendez en particulier votre langue, votre bouche, vos sourcils, votre front.
– Prenez une grande inspiration, et à l’expiration, faites le son mmmmmmm (bouche fermée). Si vous en avez la possibilité, vous pouvez ouvrir la bouche tout en détente pour changer le mmmmm en aaaaaah.
– Allez jusqu’au bout de l’expiration, jusqu’à ce que le son ne soit plus possible ;
– puis prenez une grande inspiration, très profonde, gonflez les poumons au maximum, et recommencez.
– Jouez avec des sons plus aigus ou plus graves, pour sentir le voyage de la vibration selon la tonalité. En général, aigu = haut (gorge, visage), grave = bas (poitrine, ventre) : c’est tout à fait littéral.

A pratiquer sans modération, en adaptant le niveau sonore : sous la douche, dans le métro entre deux stations, dans la rue (nan, vraiment – vraiment ! – personne ne vous écoute), bref, quand vous avez un moment plus ou moins « seul », pour le plaisir ou, au besoin, avant/après une situation stressante.

Et si vous vous demandiez pourquoi on chante ce fameux « aum » en début et fin de cours de yoga, voici un début de réponse. ;-)

5 MINUTES A SOI : Stress, Ventre et Mâchoires

Certes, le lien utilitaire est évident : mâchoires et ventre se retrouvent pour l’alimentation. Mais leur relation va plus loin, et rejoint notre fameuse théorie de l’holisme. La tension des unes influe sur la tension de l’autre – et c’est vrai pour la détente aussi !

La preuve par l’expérience :
– Contractez très fort vos mâchoires, serrez les dents. Voyez ce qui se passe au niveau des abdominaux. Relâchez.
– Amenez une main sur le ventre, juste en dessous du nombril.
– Amenez l’autre main sur le menton.
– En utilisant le poids de la main, détendez complètement le bas du visage, laissez la mâchoire inférieure devenir plus lourde, s’éloigner de la mâchoire supérieure, permettez à la bouche de s’entrouvrir. Observez ce qui se passe pour les abdos.
– Amenez votre concentration sur la main du ventre, pour détendre un peu plus : augmentez le mouvement naturel de la respiration ventrale en utilisant la main comme témoin.
– Prenez quelques grandes respirations, avec la conscience des mouvements du ventre (et de la main dessus) et la conscience des mâchoires qui se relâchent un peu plus à chaque expiration.

Si vous êtes prônes aux maux de ventre liés au stress, cet exercice est un excellent pansement et une encore meilleure prévention : plus vous pratiquez, plus vous prenez conscience du mécanisme avant que la douleur ne s’installe.

Om shanti,
Déborah

YOGIC PHILOSOPHIE : le Tout et ses Parties

Le yoga est une discipline dite « holistique« , c’est-à-dire qu’elle considère l’être humain dans sa totalité. On retrouve ce concept dans la théorie moderne de la Gestalt, selon lequel le tout est plus que la somme de ses parties. C’est aussi ce principe qui donne son intensité au pointillisme.

Ainsi, contrairement aux visions utilitaristes de l’être humain, nous ne sommes pas uniquement doués d’intelligence (tête ou esprit), nous avons aussi une sensibilité créatrice (coeur ou âme) et un corps matériel relié à l’instinct (ventre). Si l’une de ces parties n’est pas respectée, les autres en souffrent aussi.

Nous sommes nous-mêmes parties d’un tout imbriqué dans un plus grand tout (famille, société, nation, planète, univers), qui nous influence et que nous influençons. Le même principe d’équilibre s’applique en théorie aussi ici.

Oui oui, c’est ici que le battement d’aile du papillon intervient, ce qui en sanskrit se dirait « karma« , ou loi de cause à effet – rien de plus. ;-)

Théorisé par écrit vers le IIe millénaire avant J.-C., le yoga comme système philosophique est fondé sur cette notion de microcosme – que l’on ne retrouve d’ailleurs pas qu’en Inde à l’époque, mais aussi, plus près de notre culture, en Grèce et en Egypte. L’être humain y est considéré tel un univers, emboîté dans un univers plus grand, une mise en abîme sans fin aussi bien vers le haut que vers le bas.

Là où ça devient intéressant, c’est que ce postulat des sagesses antiques, les grandes avancées scientifiques le prouvent aujourd’hui en plongeant dans l’infiniment petit et l’infiniment grand.