PETIT SAGE : du Bien, du Mal, ou pas

On me susurre qu’un sadhou a appris à reconnaître le bien du mal, et a pris la décision de manger des deux. La route des enfers est autant pavée de bonnes intentions que la route du paradis l’est de mauvaises, me susurre-t-on aussi.

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Qui suis-je alors pour juger ?

La leçon la plus dure à apprendre aujourd’hui se présente donc ainsi : oh donne-moi patience, courage, sagesse ! Mais non plus pour accéder à ce discernement qui permettrait soit de changer, soit d’accepter. Plutôt qu’en moi j’ouvre un espace pour accueillir ce qui est, tout ce qui est, sans distinction.

A ma toute petite échelle, quelle que soit la puissance de ma volonté, quelle que soit la profondeur de mon expérience, le moment reste unique et incomparable. Causes et conséquences sont opaques en moi, et obscure est ma compréhension des autres. A ma minuscule mesure, je suis bien incapable de lire l’intention derrière l’acte, et encore moins douée pour deviner les ramifications passées, présentes, ou futures, de ces actes.

Devenir sadhou, ce serait donc aussi simple que d’apprendre à ne plus causer ?

ACTU / PETIT SAGE : les dés se jettent au rond-point.

La chiromancie vous dira que vous tenez votre vie dans le creu de votre main. Dans la ligne de vie dessinée dans ma paume, se trouve paraît-il la marque d’un choix radical. Le savoir est une chose. L’accepter en est une autre. Après avoir longtemps reculé devant l’obstacle et fait des tours de piste, je suis maintenant prête à m’engager totalement dans ce nouveau chapitre.

Je ne suis pour le moment pas en mesure de dispenser de cours de yoga. Le faire en personne sous nos latitudes relèverait de l’impossible; la bilocation n’est toujours pas d’actualité pour ce corps. Sur Skype, le réseau au Bangladesh est malheureusement trop instable pour assurer la qualité de présence qui nous importe.

Je vous remercie du fond du coeur de m’avoir suivie ces dernières années, par les cours, par le blog, ou autrement encore.

Je reste joignable, et espère d’ici quelques temps être en mesure d’accueillir les plus téméraires qui souhaiteraient passer du temps dans notre ashram. Lors de mes passages en France, dès cet été, je ne manquerai également pas de vous proposer des rendez-vous.

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Ce blog entre en hibernation le temps que matière suffisante soit trouvée pour le nourrir. Et d’ici à nos prochains échanges, je vous souhaite toujours plus d’espace intérieur.

x’om,
Débo

ACTUS : le Retour, un Debrief en Images 3 : CREST, BLR

CREST : Centre for Research, Education, Sadhana and Training.
3e volet des collections photographiques made in India.
Sans commentaire.

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YOGIC PHILO : Commentaires sur les Yoga-Sutras de Patanjali (1)

La citation suivante est tirée de la préface de Françoise Mazet, traductrice et commentatrice des Yoga-Sutras de Patanjali (Albin Michel, coll. Spiritualités Vivantes, 1991) – édition que je ne peux que recommander chaudement à tous les yogis et yoginis qui souhaitent approfondir leur compréhension de la pratique.

« La lecture du Yoga-Sutra ne peut se faire qu’à la lumière de la pratique, celle-ci éclairant celle-là et vice versa. »

Les Yoga-Sutras sont un des textes fondateurs de la pratique du yoga en Occident : un des premiers textes sacrés de l’Inde à avoir été traduit du sanskrit par des universitaires, et publié pour la postérité.

Le premier chapitre, Samadhi Pada, « le chemin qui mène au Samadhi », détermine la finalité du Yoga. Celle-ci, « chitta vritta nirodha » (I.2), signifie littéralement l’arrêt de l’agitation du mental, c’est-à-dire la maîtrise des mouvements non-volontaires des pensées et des émotions, afin d’établir la connection avec notre « Centre » – afin de s’établir en soi. Il s’agit donc de chercher la « libération » des tendances d’éparpillement, pour être totalement en harmonie avec soi, en accueillant dans une légèreté engagée ce que la vie nous propose, sans s’y identifier. Le concept de Samadhi mériterait un long commentaire, qui viendra sans doute un jour sur ce blog. :-)

Occidentaux que nous sommes, l’aspect concret nous intéresse particulièrement, n’est-ce pas ? C’est donc dans le second chapitre, Sadhana Pada, que l’on trouvera les « stratégies » proposées par Patanjali permettant d’atteindre cet état de paix active. Dès le premier vers de ce second chapitre, Patanjali suggère qu’il est nécessaire de faire l’effort d’une vigilance de tout instant, s’exprimant dans les actes du quotidien : la recherche d’une connaissance de soi approfondie par la connaissance des textes sacrés d’une part, le lâcher-prise pour accepter ce qui est d’autre part.

Ce n’est qu’à partir du vingt-neuvième sutra qu’il s’applique à définir les huit pratiques permettant de discerner cet engagement automatique du mental, afin de l’apprivoiser : « Yama-niyama-asana-pranayama-pratyara-dharana-dhyana-samadhayo asthav angani ». Ce sont les deux premiers « membres » qui m’intéressent ici. Les « membres » suivants feront l’objet d’articles séparés.

Les yamas, règles de vie dans la relation aux autres, sont parents de nos commandements judéo-chrétiens (Patanjali exprime d’ailleurs leur caractère universel au verset II.31) :
ahimsa : « tu ne tueras point »
satya : « tu ne mentiras point »
asteya : « tu ne déroberas point »
bramacharya : « tu resteras pur en pensées et désirs », en lien avec la modération
aparigraha : « tu ne convoiteras point »

Les niyamas, règles de vie dans la relation à soi, fournissent une transition vers la pratique psycho-corporelle explicitée par les membres suivants :
shaucha : hygiène
santosha : contentement
tapah : discipline, engagement
svadhyaya : connaissance de soi (et des textes)
ishvarapranidhana : la confiance dans le flot de la vie, c’est-à-dire le lâcher-prise

Il serait possible de discourir bien plus en longueur sur chacune de ces règles…!

En tout cas, voici deux petites notes pour ceux que ces directives impressionneraient par leur nombre et leur envergure. Tout d’abord, la plupart d’entre nous (Occidentaux) avons intégré une grande partie de ces règles morales par l’éducation, que ce soit d’une manière consciente ou pas. Elles font partie de notre idéologie culturelle. Enfin, plus vous avancez dans la pratique, plus ces règles de vie s’intègrent facilement.