PETIT SAGE salue Grand Sage : Krishnamurti parle du Yoga

A la question « Le yoga, telle qu’il se pratique en Europe et en Amérique, aide-t-il à déclencher l’éveil spirituel ? Est-il vrai que le yoga réveille une énergie plus profonde, qu’on appelle kundalini ? », Jiddu Krishnamurti répond :

Morceaux choisis :

« Ce qu’on appelle ‘yoga’, en Occident et dans une partie de l’Orient, en Inde, a été inventé aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les exercices : pour avoir non seulement un corps en bonne santé, mais pour apprendre la discipline, le contrôle, afin de réveiller cette soi-disant énergie supérieure. […] Le yoga moderne, je ne sais pas pourquoi on appelle ça yoga. On devrait appeler ça ‘faire de l’exercice’. Mais ça ne vous plairait pas. Vous avez envie de payer pour apprendre le yoga. Pour respirer comme il faut, tout ça. […] Ressentir quelque chose, vivre une expérience, et ils l’appellent kundalini. Mais ce dont ils parlent, c’est d’avoir plus d’énergie pour faire plus de bêtises. Je le pense vraiment. En mangeant correctement, en apprenant à se contrôler, en respirant comme il faut, en dormant ce qu’il faut, évidemment qu’on a plus d’énergie. Et ça donne un sentiment de supériorité, une sorte d’illumination. »

« Il y a autre chose, qui ne peut advenir que lorsque le soi n’est pas. C’est une énergie totalement différente. Cela n’arrive qu’avec l’absence totale de sens de soi. C’est évident : le soi, le moi, le centre, est constamment en conflit. Vouloir, ne pas vouloir, créer des dualités, opposer des désirs… C’est une lutte constante ! Tant qu’on lutte, on gâche de l’énergie. Evidemment. Lorsque la lutte cesse, on accède à une énergie totalement différente. »

« Le vrai yoga, on l’appelle ‘Raja Yoga’ : le yoga des rois. Il s’agit de vivre une vie hautement morale. Pas une moralité qui change selon les circonstances, selon les cultures. Agir moralement, faire les choses bien. »

« Yoga signifie ‘joindre’. Le sens du mot yoga, c’est de joindre. Joindre ce qu’il y a d’élevé avec ce qu’il y a de bas, et l’inverse. »

Vraie et libre, voilà comment je veux vivre.
A un certain niveau, les deux sont synonymes.

Mourir à soi pour naître au Soi.
En lexique usuel : « Un homme est très différent selon qu’il est son amour ou qu’il n’est que lui-même. » (Joe Bousquet : Traduit du Silence)

Donc. Y’a plus qu’à. Qui m’aime me suive.

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CHER YOGA : Mantra ou Mantra pas

Cher Yoga,
Les chants pendant les cours me mettent mal à l’aise… A quoi servent-ils ? Pourquoi chanter dans une langue qui n’est pas la nôtre et que nous ne comprenons pas ? Ca me donne l’impression d’être dans une secte. Je ne viens pas sur mon tapis de yoga pour me convertir à l’hindouisme ou au bouddhisme…
Isabelle, Saint-Ouen

Chère Isabelle,

Il y a beaucoup de gros mots, de grands mots, dans ta question : langue, secte, conversion, religion…

Si je comprends bien, ce genre d’activité te fait grincer des dents :

Permets-moi de rajouter quelques autres grosses bouchées à ce lot : spiritualité, vibration, mystère, sincérité.

Selon Patanjali, satya se situe juste après ahimsa dans la série des injonctions morales. Ahimsa : la non-violence. Ne pas (se) faire mal. Satya : la vérité. Penser ce que l’on dit ; dire ce que l’on pense. Ce duo gagnant nous encourage à aligner les pensées à la parole et à l’action. On retrouve les mêmes principes dans le décalogue. C’est la base du contrat social. La conversion à une culture lointaine est donc inutile. Mais l’exotisme nous ouvre souvent mieux les yeux que le connu.

Si joindre la vibration de ta voix à celle d’un groupe crée une forte dissonance intérieure, et te met dans l’inconfortable situation où tu manques de respect à ces deux principes fondamentaux – pourquoi te forces-tu ? Les respectes-tu par ailleurs ?

Voici pour toi une pratique plus intéressante que de murmurer à contre-coeur pendant ton cours de yoga hebdomadaire : résister à l’influence de l’idéologie du groupe et de la personne qui détient (ou semble détenir) l’autorité, pour faire voeu, donc oeuvre, de non-violence envers toi-même et de sincérité avec toi-même. Pendant la durée de ton choix, ne fais, ne dis, ne pense, que ce qui est juste.

Mantra signifie « modeler la pensée par un acte conscient et volontaire ». Il y a un dicton français qui me plaît beaucoup : « A mauvais ouvrier, point de bon outil ». Dans un cours de yoga, chaque instant a du sens : tout y est révélateur.

x’om,
Débo


Cher Yoga ouvre le courrier des yogis francophones : débutant.e.s, confirmé.e.s, curieu.ses.x ou réfractaires, envoyez vos questions ! Qu’elles portent sur la pratique de près ou de loin, qu’elles soient terre-à-terre ou mystiques, Débo tentera d’y répondre. La règle du jeu : sans recette miracle, avec humilité, et des pincettes un peu décalées, ses réponses pousse la réflexion à d’autres questions. Utilisez l’espace des commentaires sous chaque Q&R, l’email, Facebook pour envoyer vos questions.

YOGIC PHILO : l’Ethique du Moustique

« Si tu crois que tu es trop petit pour changer le monde, c’est que tu n’as jamais passé une nuit avec un moustique. » Proverbe africain

Un moustique peut effectivement te mener à l’action : pugnacité, combativité, endurance, ruse, concentration… Et quand il s’agit d’une attaque en bande (dés)organisée, une chambre de 8 mètres carrés éclairée au néon dans le silence de la pleine nuit se transforme en champ de bataille.

Résultat : moustiques 0 – 5 Débo

A la bibliothèque de l’ashram le lendemain :
« Un jour, alors que j’étais avec Swami Sri Yukteswar, mon gourou, je levais une main pour écraser un moustique en train de siphonner mon sang. Mais je changeai brusquement d’avis, me rappelant l’injonction de non-violence. « Pourquoi t’arrêtes-tu ? » Scié par la surprise, je répondais : « Quoi, Maître ? Tu prêches le meurtre ? » Il me dit : « Non, mais ce moustique, tu l’as déjà tué dans ta tête. »*

Ahimsa : l’extraction de l’impulsion de violence

Conclusions :
1. Si jamais vous en doutiez, je vous rassure, je suis vraiment loin de la sainteté.
2. La pire chose qui puisse arriver , c’est de se réincarner en moustique.

* Extrait d’un livre de Paramahansa Yogananda

YOGIC PHILO : Commentaires sur les Yoga-Sutras de Patanjali (1)

La citation suivante est tirée de la préface de Françoise Mazet, traductrice et commentatrice des Yoga-Sutras de Patanjali (Albin Michel, coll. Spiritualités Vivantes, 1991) – édition que je ne peux que recommander chaudement à tous les yogis et yoginis qui souhaitent approfondir leur compréhension de la pratique.

« La lecture du Yoga-Sutra ne peut se faire qu’à la lumière de la pratique, celle-ci éclairant celle-là et vice versa. »

Les Yoga-Sutras sont un des textes fondateurs de la pratique du yoga en Occident : un des premiers textes sacrés de l’Inde à avoir été traduit du sanskrit par des universitaires, et publié pour la postérité.

Le premier chapitre, Samadhi Pada, « le chemin qui mène au Samadhi », détermine la finalité du Yoga. Celle-ci, « chitta vritta nirodha » (I.2), signifie littéralement l’arrêt de l’agitation du mental, c’est-à-dire la maîtrise des mouvements non-volontaires des pensées et des émotions, afin d’établir la connection avec notre « Centre » – afin de s’établir en soi. Il s’agit donc de chercher la « libération » des tendances d’éparpillement, pour être totalement en harmonie avec soi, en accueillant dans une légèreté engagée ce que la vie nous propose, sans s’y identifier. Le concept de Samadhi mériterait un long commentaire, qui viendra sans doute un jour sur ce blog. :-)

Occidentaux que nous sommes, l’aspect concret nous intéresse particulièrement, n’est-ce pas ? C’est donc dans le second chapitre, Sadhana Pada, que l’on trouvera les « stratégies » proposées par Patanjali permettant d’atteindre cet état de paix active. Dès le premier vers de ce second chapitre, Patanjali suggère qu’il est nécessaire de faire l’effort d’une vigilance de tout instant, s’exprimant dans les actes du quotidien : la recherche d’une connaissance de soi approfondie par la connaissance des textes sacrés d’une part, le lâcher-prise pour accepter ce qui est d’autre part.

Ce n’est qu’à partir du vingt-neuvième sutra qu’il s’applique à définir les huit pratiques permettant de discerner cet engagement automatique du mental, afin de l’apprivoiser : « Yama-niyama-asana-pranayama-pratyara-dharana-dhyana-samadhayo asthav angani ». Ce sont les deux premiers « membres » qui m’intéressent ici. Les « membres » suivants feront l’objet d’articles séparés.

Les yamas, règles de vie dans la relation aux autres, sont parents de nos commandements judéo-chrétiens (Patanjali exprime d’ailleurs leur caractère universel au verset II.31) :
ahimsa : « tu ne tueras point »
satya : « tu ne mentiras point »
asteya : « tu ne déroberas point »
bramacharya : « tu resteras pur en pensées et désirs », en lien avec la modération
aparigraha : « tu ne convoiteras point »

Les niyamas, règles de vie dans la relation à soi, fournissent une transition vers la pratique psycho-corporelle explicitée par les membres suivants :
shaucha : hygiène
santosha : contentement
tapah : discipline, engagement
svadhyaya : connaissance de soi (et des textes)
ishvarapranidhana : la confiance dans le flot de la vie, c’est-à-dire le lâcher-prise

Il serait possible de discourir bien plus en longueur sur chacune de ces règles…!

En tout cas, voici deux petites notes pour ceux que ces directives impressionneraient par leur nombre et leur envergure. Tout d’abord, la plupart d’entre nous (Occidentaux) avons intégré une grande partie de ces règles morales par l’éducation, que ce soit d’une manière consciente ou pas. Elles font partie de notre idéologie culturelle. Enfin, plus vous avancez dans la pratique, plus ces règles de vie s’intègrent facilement.