CHER YOGA : Mantra ou Mantra pas

Cher Yoga,
Les chants pendant les cours me mettent mal à l’aise… A quoi servent-ils ? Pourquoi chanter dans une langue qui n’est pas la nôtre et que nous ne comprenons pas ? Ca me donne l’impression d’être dans une secte. Je ne viens pas sur mon tapis de yoga pour me convertir à l’hindouisme ou au bouddhisme…
Isabelle, Saint-Ouen

Chère Isabelle,

Il y a beaucoup de gros mots, de grands mots, dans ta question : langue, secte, conversion, religion…

Si je comprends bien, ce genre d’activité te fait grincer des dents :

Permets-moi de rajouter quelques autres grosses bouchées à ce lot : spiritualité, vibration, mystère, sincérité.

Selon Patanjali, satya se situe juste après ahimsa dans la série des injonctions morales. Ahimsa : la non-violence. Ne pas (se) faire mal. Satya : la vérité. Penser ce que l’on dit ; dire ce que l’on pense. Ce duo gagnant nous encourage à aligner les pensées à la parole et à l’action. On retrouve les mêmes principes dans le décalogue. C’est la base du contrat social. La conversion à une culture lointaine est donc inutile. Mais l’exotisme nous ouvre souvent mieux les yeux que le connu.

Si joindre la vibration de ta voix à celle d’un groupe crée une forte dissonance intérieure, et te met dans l’inconfortable situation où tu manques de respect à ces deux principes fondamentaux – pourquoi te forces-tu ? Les respectes-tu par ailleurs ?

Voici pour toi une pratique plus intéressante que de murmurer à contre-coeur pendant ton cours de yoga hebdomadaire : résister à l’influence de l’idéologie du groupe et de la personne qui détient (ou semble détenir) l’autorité, pour faire voeu, donc oeuvre, de non-violence envers toi-même et de sincérité avec toi-même. Pendant la durée de ton choix, ne fais, ne dis, ne pense, que ce qui est juste.

Mantra signifie « modeler la pensée par un acte conscient et volontaire ». Il y a un dicton français qui me plaît beaucoup : « A mauvais ouvrier, point de bon outil ». Dans un cours de yoga, chaque instant a du sens : tout y est révélateur.

x’om,
Débo


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5 MINUTES A SOI : Aimons nos Orteils

Quand on y pense, la posture debout est un grand questionnement de l’évolution : placer autant de poids, de manière aussi verticale, sur une si petite surface, relève d’un défi assez intéressant, non ?

Etape 1 : nous (enfin, nos lointains ancêtres) cessons d’utiliser le gros « pouce des pieds » en préhension. Etape 2 : nous (enfin, nos ancêtres un plus proches) enfermons nos pieds dans des chaussures de plus en plus serrées. Pour les femmes, c’est l’arrivée des escarpins et autres élégants instruments de tortures. Selon Sacha Guitry, c’est une femme qui aurait inventé les talons aiguilles : elle ne supportait plus que son amant l’embrasse sur le front …
Etape 3
: nos orteils nous en veulent. Et, à en croire les vénérables maîtres Chinois, notre tête aussi : en médecine chinoise, il est dit que les pieds sont le miroir du corps. Au niveau des orteils, on trouverait ainsi la tête et tout ce qui la constitue : crâne, dents, yeux, oreilles, nez, bouche, glandes « supérieures », cerveau, etc.

Il y a une méthode toute simple pour rétablir une relation détente à nos pieds. Ca se pratique à tout moment, assis ou debout, sans chaussures de préférence.

– Fermez les yeux, amenez votre attention sur la zone de contact entre vos pieds et le sol.
– A l’inspiration, soulevez les orteils et ancrez les quatre points des pieds dans le sol, en approfondissant l’arche naturelle de la plante.
– A l’expir, reposez les orteils délicatement, tout en conservant l’arche et l’ancrage.
– Recommencez autant de fois que vous le souhaitez.

Il est possible, ensuite, que l’idée de vous rechausser soit source de souffrance… C’est à ce moment-là où on a une pensée admirative pour ceux qui osent allier chaussettes et sandales orthopédiques en toutes circonstances, n’est-ce pas ?

Om shanti,
Déborah