YOGIC PHILO : l’Ecorce des Choses et les Portes de la Perception

Les magazines féminins et autres romans « légers » me dépriment (pas vous ??)… Je fournis donc toujours un (petit) effort pour décider de mes lectures de vacances. Celles dont je reviens ont été accompagnées par Claude Levi-Strauss (merci Miguel, recommandation parfaite !), et par la grande Annick de Souzenelle, dont est tiré le passage ci-dessous (1). J’y ai trouvé une magnifique description de ce que je cherche à apporter par l’enseignement :

« La nature nous invite à communier avec elle par la voie sensorielle. C’est une expérience étonnante que la reconstruction de l’équilibre d’un être, invité à des moments privilégiés de sa journée à vivre l’instant, et à le vivre plaqué au sensoriel – à la respiration, à la marche, à l’écoute d’une musique, à la saveur d’un fruit, etc. […] Combien la sensation vécue dans l’instant [peut] nous relier par une voie peut-être encore ignorée, mais cependant réelle, à JE SUIS de l’être !
Entre l’objet expérimenté et l’Homme viennent se glisser toutes les émotions dont s’empare le mental, et c’est lui, ce mental qui vagabonde et nous égare aussitôt loin de cette part sacrée de nous-mêmes. Si nous revenons à la sensation pure, qui nous met en contact avec l’écorce des choses, nous faisons alors l’expérience d’être parfois portés à sentir vibrer ou scintiller leur pulpe. Une conscience éveillée touche au plus profond de leur chair. Mais cette chair des choses soudain partagée est aussi capable d’éveiller notre propre chair, [qui] est notre conscience d’être. Bouleversant dialogue que celui de l’intérieur et de l’extérieur se recevant l’un l’autre et nous apprenant à aimer ! »

L’intérieur et l’extérieur s’articulent autour de ce que la tradition du yoga appelle les « portes de la perception » (dites bonjour à Aldous!) ou, en sanskrit, indriyas. On y retrouve nos cinq sens traditionnels – oeil/vue, oreille/ouïe, langue/goût, nez/odorat, nerfs/toucher – ainsi que le sixième sens, c’est-à-dire l’intellect en tant que fonction rendant l’environnement intelligible.

chene feuilles printemps

Du nouveau-né à l’enfant, de l’ado à l’adulte, de mûr à avancé : nous avons un corps, mais nous ne sommes pas ce corps. Alors au lieu d’essayer de le formater selon le moule culturel, on peut faire le choix de marcher en paix avec lui, de lui permettre de s’épanouir dans son rôle : celui de nous dévoiler, par ces (ses) six portes, la remontée labyrinthique vers notre centre.

La bonne nouvelle, c’est que les couleurs de la vie deviennent plus belles chemin faisant. Voici une offre qu’on ne peut pas refuser, comme dirait Don Corleone. N’est-ce pas ?

PS : Petit éclaircissement : ce que Souzenelle appelle le « JE SUIS de l’être » fait écho à ce(le/lui) que notre tradition judéo-chrétienne définit comme « Je suis celui qui suis ». On retrouve cette même idée dans l’Atman des hindous, « étincelle » du Brahman en l’humain ayant atteint à l’être. Il/elle est ce que Jung a nommé le « Soi » : notre essence immuable, ce qui constitue notre identité profonde.

PPS : Défi du printemps 2013 : définir l’intérieur et l’extérieur ! Microcosmes et macrocosmes en miroir, tout comme nous ne sommes pas « sur » Terre, nous sommes « dans » la Terre, l’extérieur ne commence pas à la peau… Plus on pénètre au-dedans, plus la dualité intérieur/extérieur devient floue. Si on ne s’est pas trop perdu en route, au plus profond de cet au-dehors, l’Autre se dévoile de l’intérieur.

(1) Ref : De Souzenelle, Annick, Le féminin de l’être, pour en finir avec la côte d’Adam, Albin Michel, [1997] 2000 : p.20-21

YOGIC PHILO : Mon Corps, Ma Tête, et Moi

Il y a mille yogas. Non, il y a en plus : autant d’individus que de yogas.

Ma pratique personnelle s’était récemment éloignée des postures, tout en ne retrouvant pas l’ardeur de la méditation silencieuse quotidienne que je tenais pourtant depuis novembre dernier. Les raisons officielles en sont nombreuses : un livre, une rencontre, une blessure. Un voyage à la jonction entre mes activités passées et le yoga. L’occasion de réfléchir à certaines croyances communément diffusée sur le yoga occidental. Celui qui est aujourd’hui à la mode, celui que l’on pratique dans les bureaux, les clubs de sport, les théâtres, les hôpitaux, les écoles.

Iyengar en « eka pada urdhva dhanurasana »

Ce que nous appelons ici « yoga » n’est pas pratiqué – ou si peu – en Inde. Notre système postural trouve en effet ses racines ici-même, en Europe. Il a été mis en place dans les années 30 par des résistants à l’envahisseur britannique, créant des lignées de yogis ouverts sur l’Occident. Leurs sources d’inspiration : les exercices du Suédois Ling, la gymnastique holistique féminine, l’éducation physique militaire, l’anti-gymnastique, et les contortionnistes de cirque ! (cf. « Yoga Body » de Mark Singleton)

Puis ce système postural nous a été ramené, sous un autre nom, digéré et régurgité pour nourrir l’Europe spirituellement affamée par la Seconde Guerre Mondiale et le post-colonialisme : le « yoga ».

De quoi sérieusement douter mon système de croyances. Prof de yoga, c’est, finalement, comme être prof de gym ? J’avais bien mérité ce gros mal de dos de Pâques, pour m’autoriser à rester immobile, en silence ! Pour digérer la nouvelle et réfléchir à ma posture mentale vis-à-vis des postures physiques.

Une contorsionniste en « Urdhva Dhanurasana » modifié ;-)

Hier, j’ai retrouvé ma pratique quotidienne à la maison. J’ai renoué avec ma source d’énergie. Si elle n’est pas justifiée par une spiritualité orientale, quel est son nom ? La réponse est en deux parties.

Premio : le plaisir de reprendre possession de son corps. Comment penser librement si le corps nous rappelle à lui, petits bobos après grands maux ? Au fil de ces semaines, où ma seule pratique physique est venue des cours que je donne et de mes trajets quotidiens à vélo, je me suis sentie prisonnière de ce corps, et par extension, de ma tête et de mes choix de vie. Or je sais que mes décisions passées ont été justes. Pourquoi une telle tension entre moi et moi-même, dans ce cas ?

Travailler le corps par des postures intelligentes, avec le soutien du souffle, en donnant une intention à ce travail, permet de reprendre le contrôle des rênes. Cela nous reconnecte avec nos sensations corporelles, notre sixième sens, ce vigile qui nous mène à bon port en temps de brouillard. C’était le sujet du dernier Sciences et Avenir : le ventre est notre deuxième cerveau. Que penser, alors, des milliards d’autres cellules, propriétaires ou invitées, qui forment notre corps ?

::: microcosme dans macrocosme :::

D’autre part, il paraît qu’Iyengar (père) disait souvent que la spiritualité, ce n’est pas pour les gringalets. Certes, les austérités physiques extrêmes font partie des pratiques spirituelles de l’Inde. Mais au niveau où nous les pratiquons, il est difficile de les appeler « tapas ». Il ne s’agit pas non plus d’atteindre le poids idéal, de devenir plus souple, plus fort, plus musclé. Ces buts-ci sont des leurres, des limites culturellement acceptables.

Il s’agit d’explorer les frontières matérielles de cette vie, de huiler les essieux de ce merveilleux véhicule qu’est notre corps, un univers en lui-même, unique et si complexe, où nos différents niveaux de conscience trouvent leur assise.

Ici et maintenant, on appelle cette pratique « yoga ». Je n’ai pas de meilleur nom à proposer. « Yoga » signifie « intégration », « union » : intégrer le mental au physique, unir le physique au mental, et découvrir que notre identité va au-delà des limites de l’un autant que de l’autre. Tout comme je préfère dire « week-end » que congé de fin de semaine, ou « bonzaï » plutôt qu’arbre nain cultivé d’une certaine manière pour le rester.

Deuxio : ma culture est européenne, française même. Toute enrichie des pérégrinations des générations précédentes qui ont abouti à Paris, elle s’inscrit dans une attitude judéo-chrétienne, pour être précise. La spiritualité orientale a été idéalisée par ceux qui la découvraient pour la première fois. Pour eux, cette manière de voir le monde était pure, simple. Elle était surtout nouvelle, exotique. Elle nous a donc été présentée comme notre salut, à nous pauvres vieux Occidentaux qui avions tué nos dieux.

Aujourd’hui, nous avons la chance de vivre une époque où toute information est potentiellement accessible. Cela peut nous permettre d’étudier de manière comparée les croyances des différentes cultures, de nous renseigner plus en profondeur sur ce que nous savons, et ce que nous pouvons savoir. Pour mieux nous rendre compte des problèmes de lecture que nous avons rencontrés, comme toute culture humaine. De l’exigence aveugle du dogmatisme. De l’idéalisme nuageux de ceux qui trouvent l’herbe plus verte chez le voisin.

Mais aux racines des croyances, qu’elles soient proches ou lointaines, se trouve la même sagesse.

Il y a mille yogas. Il n’y a qu’un but. Le but, c’est le chemin. Alors autant maintenir notre char en bon état.

YOGIC PHILO : Question d’Optique

C’est un cadeau qui m’a offert la perle de sagesse aujourd’hui : on peut considérer le rosier comme une masse d’épines surmontée de fleurs, ou comme des fleurs précieuses protégées par des épines. Pas que l’une observation soit plus ou moins juste que l’autre, simplement plus adaptée selon les cas. N’est-ce pas ? ;-)

Quand une situation (ou une posture) se refuse à la maîtrise, on a toujours le choix.
Celui de se bloquer, de forcer, de foncer, de se frustrer, peut-être au risque de blesser notre corps, sans avoir pour autant rassasié notre esprit (notre ego, diraient certains).
Ou celui de prendre plaisir à chaque millimètre conquis, à son rythme intérieur, sur le chemin de la découverte, en appréciant peut-être la leçon que cette situation essaie de nous donner.

Et lorsqu’on y repense, un peu plus tard, en jetant un oeil en arrière, sur le chemin qu’on a parcouru, on peut choisir de s’émerveiller, tout simplement, qu’il y ait eu des fleurs.

Tout est donc question de point de vue. N’est-ce pas ?

5 MINUTES A SOI : Chevilles, Salutations, Roues

Lorsqu’on commence à travailler le corps en profondeur, comme c’est le cas avec le yoga, on se rend vite compte qu’une partie ne travaille jamais seule, et qu’isoler un muscle est pratiquement impossible voire, dans certains cas, dangereux.

Pour l’astuce de cette semaine, il s’agit de deux exercices en un, qui répondent au doux nom de « Goolf Naman » & « Goolf Chakra« . Goolf, en sanskrit, c’est la cheville. Naman, c’est le geste de salut entre haut et bas – on retrouve la racine dans Surya Namaskar, la salutation au soleil. Chakra, c’est la roue – qu’elle soit d’énergie ou du chariot.

Pratiqués au réveil, ces mouvements nous permettent de prendre 5 minutes qui n’appartiennent qu’à nous, avant de sauter hors du lit et dans la journée. Ils sont aussi très utiles pendant les longs trajets, pour réveiller les jambes et booster la circulation sanguine. On a peut-être l’air de ne faire bouger que les chevilles…

– Asseyez-vous jambes tendues actives, pieds flex orteils vers le ciel, mains sur les hanches.
– Grandissez la colonne avec la respiration, en allant au bout de chaque inspiration (vers le ciel) et de chaque expiration (bassin ancré au sol). Amenez votre attention sur vos pieds.
Naman : à l’inspiration, fléchissez les pieds, ramenez les orteils vers vous, engagez la cuisse pour faire monter la rotule ; à l’expiration, pointez les pieds et les orteils, étirez la jambe toute entière. Faites le mouvement une dizaine de fois.
Chakra : en ralentissant le mouvement au maximum pour qu’une respiration complète corresponde à un tour, faites une rotation des chevilles dans un sens, puis dans l’autre, une dizaine de fois pour chaque sens.

Om shanti !

Les exercices présentés dans cette section n’ont pas vocation à remplacer une activité physique régulière. La pratique du yoga nécessite l’accompagnement en confiance d’un enseignant qualifié.

YOGIC PHILO : de la Vibration

On a tous commencé par là, je crois, à nos premiers cours de yoga. L’appréhension du peace & love rétrograde, le moment où on a l’impression de basculer du côté obscur, le refus de cet appel au kitsch… Vous l’avez peut-être reconnu… J’ai nommé … le « ohm« .

C’est parfois intéressant de toucher du bout des orteils le lâcher-prise total, d’assumer d’être là pour soi, pour se faire du bien, pour tester ses limites, qu’elles soient imposées (souvent) ou réelles (parfois). Pratiquer le yoga, c’est choisir un endroit, un moment, pour s’autoriser à être, tout simplement, dans l’ici et le maintenant. Et cet endroit, délimité par le tapis, trouve son équivalent avec l’entrée et la sortie du cours, délimité dans le temps, par ce fameux « ohm ».

L’Omkara, car tel est son nom, est, au niveau basique, la syllabe la plus primaire que nous soyons capables d’exprimer : vibration des cordes vocables, bouche ouverte ou fermée. C’est le principe que j’aborde dans l’article sur le chant au quotidien. Mais il propose tellement plus qu’un simple échauffement de voix. Symbolique, alignement, énergie… Au plus profond, il est au son ce que la lumière blanche est à la couleur.

Donc je vous souhaite « om shanti » ou, traduit en Star Wars vs Blues Brothers, « que la Force soit avec vous, moi, eux, tout le monde ».