CHER YOGA : Je médite, je m’endors

Bouddha qui Dort

Cher Yoga,
Tout le monde me vante les mérites de la méditation. Mais moi, quand j’essaie de méditer, je m’endors…
Anne, Toulouse

Chère Anne,

Il paraît qu’une sieste de 20 minutes à 14h offre tant de bienfaits pour la santé physique et mentale qu’elle change une vie. Il paraît aussi que l’éternité est dans l’instant présent, et qu’un seul instant suffit à atteindre l’éveil.

Les yogis – de tous bords – se sont intéressés à la conscience. Ils ont conclu qu’elle se décline en 4 états : la veille (Jagrata), le rêve (Svapna), le sommeil profond (Shushupti), et le mystérieux quatrième état (Turiya).

Que cherches-tu en méditant ?
De quoi as-tu peur en méditant ?
Prends une feuille de papier, et remue tes méninges. Note en vrac tous les mots-clés que t’évoque la méditation. Tu y trouveras ta réponse.
Et la prochaine fois que tu t’assieds dans le but de méditer, n’essaie pas.

x’om,
Débo


Cher Yoga ouvre le courrier des yogis francophones : débutant.e.s, confirmé.e.s, curieu.ses.x ou réfractaires, envoyez vos questions ! Qu’elles portent sur la pratique de près ou de loin, qu’elles soient terre-à-terre ou mystiques, Débo (qui s’est mise à parler d’elle-même à la troisième personne) tentera d’y répondre, sans recette miracle, avec humilité, et des pincettes un peu décalées. L’espace des commentaires sous chaque Q&R, l’email, Facebook : la fin justifie les moyens.

CHER YOGA : Le Lancement

Longue vie aux formules gagnantes.
« Le succès, c’est 99% de travail et 1% de talent », paraît-il.
Ou encore : « Practice, and all is coming », selon feu le grand yogi Pattabhi Jois.

Pourtant : quel est le sens d’une pratique orpheline de théorie ? Pourquoi faisons-nous ce que nous faisons ? Que cherchons-nous ? Que trouvons-nous ? A quoi ça sert ? Que pouvons-nous faire de plus, de mieux, d’autre ?
(Et si j’y ajoutais toutes les grandes questions existentielles depuis l’origine de la pensée humaine : D’où viens-je ? Où vais-je ? Qui suis-je ? Pourquoi ? Pourquoi ?)

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Cet article signe l’inauguration d’une nouvelle section du blog. Qui répond à toutes vos questions. Oui, toutes. Des plus terre-à-terre aux plus mystiques ! Je tenterai de mettre en lumière les réponses multiples et variées que le yoga, et les nombreux chercheurs spirituels qui nous ont précédés, peuvent proposer. Avec humilité, et des pincettes un peu décalées. Et surtout, sans recette miracle. Parce que le seul miracle, franchement, c’est que nous soyons encore ici  aujourd’hui avec la possibilité de trouver toujours un peu de place dans notre coeur.

Alors allez-y, ne soyez pas timide, envoyez-moi vos questions. Via les commentaires ci-dessous. Ou par email.  Ou par hibou. Toutes, oui oui, toutes. Quelles qu’elles soient, qu’elles aient un lien direct avec des pans de la pratique, posturale, intérieure, ou qu’elle porte sur son application (même éloignée) au quotidien.

J’attends de vous lire !

ACTUS : Les Ateliers du Dimanche

Un dimanche après-midi, à Paris : se retrouver sur un tapis de yoga. Avec deux heures et demies de temps devant soi.

Deux heures et demies pour soi, rien que pour soi. Sentir le corps, en mouvement. Vivre la respiration, lui offrir plus de place. Intégrer les pensées, les images. Oser faire l’expérience de toutes les sensations, avec courage et détermination, avec compassion et patience. Reprendre possession de tout ce qui nous compose. Sans séparation, sans jugement, sans classification.

Savoir qu’on aura l’impression de flotter à la fin de ces deux heures et demies, que tout paraîtra plus coloré, qu’on se sentira plus vivant. Savoir que le sommeil de cette nuit-là sera profond, que le réveil lundi matin sera paisible, heureux, et qu’on aura peut-être des courbatures. Prendre ce temps, fournir ces efforts, pour se rappeler que cet état de présence à soi est toujours disponible. Qu’il est notre état naturel. Et qu’il suffit de poser les balises, pour apprendre à le retrouver.

Une randonnée commence par un pas. L’amour commence par celui que l’on s’offre. Le yoga est un merveilleux outil pour explorer tout cela. C’est celui que j’ai choisi – ou qui m’a choisie, on ne saura jamais. Et je suis emplie de gratitude de pouvoir le partager avec d’autres, chaque jour, tous les jours.

2h30 de pratique complète en petit groupe pour explorer le répertoire du yoga : séquences posturales ludique et dynamiques, exercices de respiration, méditation, visualisations, relaxation profonde guidée, questions-réponses autour d’un thé, …

Dates, adresse, tarifs : ici.

ParisYoga

YOGIC PHILO : Animal, Humain, Divin

Un lundi 16, trois jours après un vendredi 13 : j’embarque dans l’avion pour Chennai. Pour deux semaines… Que je crois !

Et aujourd’hui, exatement six mois plus tard, j’ai fait quelque chose qui aurait été inenvisageable avant mon départ. De retour d’une retraite silencieuse au Danemark, je me suis sentie comme qui dirait « appelée » à enchaîner, en très petite tenue, en face d’un miroir, dans une salle surpeuplée et surchauffée, une série d’asanas suivant un script fixe beuglé dans un micro. Je me suis lancée un défi. 10 jours de Bikram Yoga. Et j’y vais de mon plein gré. Avec entrain, même.

bikram-yoga-maraisEn voici la raison : une pensée particulière a mûri au cours des six mois presque sabbatiques qui se closent donc aujourd’hui. Une pensée que je déroule maintenant en trois parties, et qui propose une définition de cette étrange espèce que nous sommes.

Petite introduction : Souvent, les courants spirituels monothéistes considèrent que le but ultime de l’être humain, c’est d’être divinisé. La vie unitive dans le christianisme, la descente du surconscient d’Aurobindo, la transformation en livre ouvert dans le judaïsme, par exemple. En plus d’affirmer l’existence d’un modèle absolu qui nous aurait créés à son image après s’être échauffé sur le reste de l’univers, ce but est très abstrait…

Résumé du premier point : L’humain en nous, c’est la volonté.

alice pays merveilles choixCe qui donne notre humanité, qui nous différencie des animaux à un niveau basique, c’est notre volonté. Définition : le choix d’agir « oui » et d’agir « non » face à toute situation. A la volonté, sont rattachés le discernement et l’intuition. C’est-à-dire la capacité à juger et à jauger une situation, par les moyens de l’intellect et de l’émotionnel, afin de décider de l’action la plus juste pour y répondre. Cette volonté, portée à son développement suprême, fonctionne sans aucune projection, dans une objectivité totale de chaque situation. Comme si chaque fois était une première fois.

Les conséquences collatérales : une grande joie, un émerveillement, et la liberté. Vivre le présent. Aha, aurions-nous ici une définition de la fameuse « libération » qui obsède les Yogis et les Bouddhistes (entre autres) ?

Comment y parvient-on : Il faut avoir travaillé sur soi. Oui, il « faut » : c’est bien une injonction. Avoir clarifié ce que la tradition du yoga nomme l’égo : cette partie en nous qui veut maîtriser, posséder, contrôler. Travailler sur nos peurs, notre ignorance, nos fausses croyances, nos projections, nos conditionnements. En bref, travailler sur le plan psychologique. Mais pas seulement en s’allongeant sur un divan pour divaguer en associations libres – même si ce peut être excellent pour dégrossir. Dans l’univers du yoga, la méditation est ce qu’il y a de plus efficace (« patience et longueur de temps etc. ») pour polir cette fonction.

Résumé du second point : Le divin en nous, c’est l’amour.

coeur lumiere mains

Dieu est amour. Ou plutôt, l’amour, c’est Dieu. Mouais bof… J’ai toujours l’impression d’employer un gros mot … Trop de passif. Alors disons : l’amour est divin. C’est ce qui nous élève, ce qui fait que nous sommes capables d’agir à l’encontre de la logique de survie. L’amour, le vrai, est donc ce qui veut que l’être aimé soit parfaitement heureux, et qui fait passer son bonheur avant tout. L’amour, le vrai, ne peut être qu’inconditionnel. Parfois, on le rencontre dans une relation intime, une relation dite amoureuse. Parfois, on le rencontre en une personne que l’on élit comme guide spirituel, qui par ses actions, sa manière d’être, propose un modèle parfait. Parfois, on a la chance d’avoir les deux…

Les conséquences collatérales : l’ouverture, la tolérance, la générosité, qui nous traversent dans la relation aux autres. Ici, nous trouvons la « réalisation ».

Comment y parvient-on : Il suffit de le vouloir pour l’avoir. Mais pour le vouloir, encore faut-il l’avoir déjà entr’aperçu, en avoir eu un avant-goût. Et pour cela, il faut (oui, il « faut ») que l’humain (notre volonté, et tout ce qui l’accompagne, donc) soit totalement perfectionné, et il faut accepter de se mettre à nu. En transparence. Rien à prouver, rien à cacher. Car les sensations cosmiques, les intuitions mystiques (c’est-à-dire le vécu de quelque chose de mystérieux, d’illimité), les expansions de conscience, sont des cadeaux. Il est impossible de les maîtriser, de les contrôler, de les provoquer. On peut en faciliter l’accès, c’est tout. Un cadeau ne se réclame pas.

Résumé du dernier point : L’animal en nous, c’est le corps.

lion defense nourritureObservation irréfutable car bassement concrète : le corps est constitué de matière. L’organisation de cette matière découle de l’évolution du vivant, vers une efficacité et un équilibre doubles, interne et avec l’environnement, dans l’exploration de toutes les possibilités. Oui, la nature est bien créative. La station debout marque une certaine différence avec les autres animaux, certes. Mais elle ne nous dispense pas des fonctions organiques qui sont le lot de tout organisme. On peut donc dire que le corps est animal. Et cela ne changera pas. Non, je ne pourrai jamais physiquement déjouer les lois de la matière. Ou plutôt, je n’ai pas envie d’essayer : j’habite Paris… Difficile de concilier lévitation, alimentation pranique, et gestion du cadenas de bicyclette. Mais je peux choisir de l’entraîner, ce corps, ce système fermé et ouvert à la fois, pour qu’il soit en meilleure santé possible.

Conséquences collatérales : souplesse et force, être « gaulée » (si cela ne nécessitait pas une très longue digression, j’écrirais ici volontiers sur notre place dans la société de consommation, et sur ce que je perçois d’hypocrite dans la mode de la critique facile). Autres conséquences collatérales : sensation de facilité gracieuse, de légèreté, que chaque organe qui construit ce corps fonctionne à sa place et de manière optimale.

Comment y parvient-on : il faut (oui oui, toujours l’injonction) à la fois manger correctement et bouger cette matière correctement. Pour éviter à nouveau une longue digression, je ne développerai pas ici les nombreuses justifications d’un régime végétalien. Pour la seconde partie de l’injonction, les postures de hatha yoga (de quelque école que ce soit) sont parfaites. Et voici la justification de mon challenge Bikram.

Une petite conclusion : nous naissons animaux. Lorsqu’au fil de notre croissance nous clarifions ce par quoi le monde qui nous entoure devient intelligible, c’est-à-dire l’intellect et l’émotionnel, nous devenons humains. Et lorsque nous installons en nous l’amour, nous sommes divins. Un être humain véritable, c’est l’intégration de ces trois parties totalement et à chaque moment. CQFD ?

Enfin, un épilogue : j’enseigne ce que j’appelle le « yoga intégral ». Intégral parce qu’il est possible d’apprivoiser, de cultiver, de développer simultanément l’animal, l’humain et le divin en nous. C’est en jetant un oeil en arrière que l’on mesure le chemin parcouru… Et l’écho résonne fort avec un article écrit alors que j’étais toute novice dans l’enseignement du yoga.

marches shravanabelagolaSources des images : un cours à Bikram Marais, site internet du centre ; Alice au Pays des Merveilles, dessin animé de Disney (1951) ; bougies dans les mains (c’est bien galère, de trouver une illustration de l’amour qui ne soit pas kitsch ou limitante…!), article sur le blog d’un collectif de thérapeutes britanniques ; lion défendant sa nourriture, Afrique du Sud, collection personnelle ; chemin dans les montagnes, Shravanabelagola, Inde, collection personnelle.

RADIO INTERIEURE / YOGIC PHILO : Viveka

Comme ce phénomène est courant lorsqu’on médite, mon maître explique qu’il n’y a que deux types de visions : les prophétiques, et les égoïstes. Les premières sont très très rares ; les secondes, aussi subtiles et élevées soient-elle, ne sont souvent qu’une projection psychologique d’ordre personnel.

Michel de Certeau parle dans la Fable Mystique du « ‘vertige’ de ne pas savoir ‘à quoi m’en tenir sur le désir de l’autre, sur ce que je suis pour lui' », ce « savoir » qui est la base du contrat social. C’est valable aussi au niveau intra-personnel, de soi contre soi-même : le mental « propriétaire », plein de certitudes, lutte pour ne pas perdre son territoire au profit du mental « spirituel », libre donc imprévisible. Et avec beaucoup de ruse, le premier saute sur toute diversion possible pour ralentir voire inverser la prise de terrain du second. En d’autres mots : dès qu’un peu d’espace intérieur est libéré, appelé par la peur du vide le Prédateur Intérieur* pointe le bout de son nez ; pour reprendre le contrôle de la situation, il se ventouse à tout objet disponible qu’il considère plus « normal ».

Et là c’est « Closer », c’est « Confessions Intimes » – en mode ashram. Tu vis le coup de foudre improbable. Ce moment où tu te rends compte que oui, ça fait bien 45 minutes que tu vois défiler devant tes yeux la vie (palpitante bien sûr) que tu vas mener dans les 25 prochaines années… tout ça, à partir d’un visage que tu as à peine croisé en entrant dans le hall de méditation.

Au départ, y’avait ça :

« Coucou ! Je t’aime !
Mais dis-moi, comment tu t’appelles ? »

Mais on te refait le coup. Et pas qu’une fois. Et avec des variations (histoire de ne pas s’ennuyer)… Alors ça donne ça :


« C’était juste mon imagination
Qui court qui court
Juste mon imagination
Partie en sprint… »

Viveka : le discernement. Cette précieuse compétence qui permet de séparer le bon grain de l’ivraie, ou la construction mentale de ce qui est là, palpable, réel, concret – souvent pas grand chose. Je classe cette qualité sous l’en-tête shaucha des règles morales du yoga : c’est une forme d’hygiène. Suffit « seulement », ensuite, de développer la volonté suffisante pour revenir au présent. Parfois ça se fait à la rame en contre-courant avec des saumons à esquiver, parfois c’est aussi doux que l’arrivée d’une plume de duvet sur la surface lisse d’un lac.

* le « Prédateur Intérieur » est un des archétypes de la psyché féminine selon les travaux de Clarissa Pinkola Estes, poétesse et psychologue américaine d’obédience jungienne. Mais je crois qu’il est valable pour les hommes aussi, non ?