CHER YOGA : Je médite, je m’endors

Bouddha qui Dort

Cher Yoga,
Tout le monde me vante les mérites de la méditation. Mais moi, quand j’essaie de méditer, je m’endors…
Anne, Toulouse

Chère Anne,

Il paraît qu’une sieste de 20 minutes à 14h offre tant de bienfaits pour la santé physique et mentale qu’elle change une vie. Il paraît aussi que l’éternité est dans l’instant présent, et qu’un seul instant suffit à atteindre l’éveil.

Les yogis – de tous bords – se sont intéressés à la conscience. Ils ont conclu qu’elle se décline en 4 états : la veille (Jagrata), le rêve (Svapna), le sommeil profond (Shushupti), et le mystérieux quatrième état (Turiya).

Que cherches-tu en méditant ?
De quoi as-tu peur en méditant ?
Prends une feuille de papier, et remue tes méninges. Note en vrac tous les mots-clés que t’évoque la méditation. Tu y trouveras ta réponse.
Et la prochaine fois que tu t’assieds dans le but de méditer, n’essaie pas.

x’om,
Débo


Cher Yoga ouvre le courrier des yogis francophones : débutant.e.s, confirmé.e.s, curieu.ses.x ou réfractaires, envoyez vos questions ! Qu’elles portent sur la pratique de près ou de loin, qu’elles soient terre-à-terre ou mystiques, Débo (qui s’est mise à parler d’elle-même à la troisième personne) tentera d’y répondre, sans recette miracle, avec humilité, et des pincettes un peu décalées. L’espace des commentaires sous chaque Q&R, l’email, Facebook : la fin justifie les moyens.

5 MINUTES A SOI : Le Moment Collector

Florence Servan-Schreiber parle de l’importance d’avoir au moins trois kifs par jour pour être heureux. Mais qu’est-ce que le bonheur ? Une action gratifiante ? Un simple sentiment de satisfaction ?

Je crois que le bonheur est bien plus profond et bien moins tributaire des conditions du quotidien. Etty Hillesum a montré qu’il était possible d’être heureux dans la pire situation. Le bonheur, le vrai de vrai, est un pan de gratitude. C’est la reconnaissance de ce cadeau formidable qu’est la vie. Ceux qui ont traversé une retraite Vipassana s’en souviendront peut-être aussi : j’ai encore aujourd’hui en tête la voix de Goenka-ji répétant « stay very alert, very attentive, very attentive ». L’attention, la vigilance, permettent de goûter totalement ce cadeau, chaque jour. De trouver chaque jour une raison de sortir du lit, d’aller à la rencontre du monde extérieur.

Alors chaque jour, ce n’est pas au « kif », mais au Moment Collector que je donne de l’importance.

Parce qu’avec vigilance, avec attention, même dans les périodes difficiles, même dans la routine la moins enthousiasmante, il y a chaque jour au moins un moment spécial. Un moment qui sort du lot. La différence majeure : le kif est actif, voulu, calculé, quelque chose à faire ; le moment collector est spontané, il est cadeau.

Qu’il soit « positif » ou « négatif », ce moment quotidien mérite d’être consigné pour la postérité. Parce qu’il nous a offert un présent, sans décalage, sans jugement, dans une spontanéité totale. Un moment d’émerveillement soudain, inattendu ; une émotion plus forte ; une couleur plus vive. Un moment de vie. D’ailleurs, souvent, le moment devient collector a posteriori – sur le moment, on ne s’est pas rendu compte… Il émerge quand on prend cinq minutes avant de s’endormir, pour tirer le bilan de la journée.

Dans le genre de ça :

Dans le chemin spirituel de mon Maître, il nous est recommandé de tenir un journal. Ce n’est pas un journal intime au format adolescent, genre dialogue avec mon nombril. C’est plutôt une sorte d’enregistrement. Et quelques temps plus tard, on se retourne sur la distance parcourue, comme on ressort un album photo. Il permet, avec le temps, de voir les schémas, les habitudes, de prendre conscience de ce qui a changé, ou de ce qui doit encore changer. Et il permet aussi de ne pas continuer à machouiller ces moments, dix minutes, deux heures, trois mois, dix ans. Puisqu’on sait qu’au besoin, ils sont notés. Ca libère de la place dans la mémoire vive.

Parce que c’est toujours génial de relire ses vieux « carnets de voyage », c’est mon support de choix. Mais ce n’est évidemment pas obligatoire : pourquoi pas noter sur un post-it, ou dans son téléphone, ou si on aime partager, sur Facebook. Et pourquoi pas, ensuite, faire le best-off, avec le moment collector de la semaine, du mois, du trimestre, de l’année…