CHER YOGA : Convertir les Autres

Cher Yoga,
Comment initier ses amis ? Doit-on être prophète dans sa famille ?
Diane, Londres

Chère Diane,

Patanjali décrit cinq kleshas, voiles intérieurs qui camouflent la vérité et empêchent d’atteindre la liberté : l’ignorance (avidya), l’égoïsme (asmita), l’attraction (râga), l’aversion (dvesha), la peur (abhinivesha). Dans le canon bouddhique, une sourate s’intéresse à l’assujettissement des passions (Raga-Vinaya Sutta – traduction du pali en anglais). Les êtres humains y sont classifiés en quatre catégories : ceux qui cherchent à maîtriser les kleshas pour eux-mêmes, sans y inciter les autres ; ceux qui exhortent les autres, sans s’appliquer eux-mêmes ; ceux qui ne pratiquent ni pour eux-mêmes, ni pour les autres ; et le quatrième type, que tu devines sans peine. Ta question porte sur l’art et la manière d’appartenir à la quatrième catégorie. Note que la sourate ne propose aucune hiérarchie de valeur entre ces quatre types.

Pour certains, le cours de yoga fournit un espace-temps unique, hors du commun quotidien : un discours autre peut être entendu ; un alignement intérieur (‘sur l’axe de l’univers’) peut émerger. Et aujourd’hui, comme de tout temps, nombreux sont les ‘yogins’ à grande mobilité et petite ambition. Le cours de yoga n’est qu’une proposition d’espace-temps parmi d’autres. Dans notre société de trop-plein où le temps est une denrée précieuse, c’est une des rares à cumuler effort physique et enseignement spirituel. Mais il y a autant d’autres propositions de croissance que d’instants de vie.

Que vois-tu, à l’intérieur et à l’extérieur de toi, qui te donne à penser que ta recette est valable pour tous ?

‘Conversion’ signifie ‘changement de direction’. Combien trouvent le courage de remettre en jeu leurs identités, leurs habitudes, leurs conditionnements, leurs petits mouchoirs ? Et : combien se rassurent par la quête d’un ‘bien-être’ compatible avec une vie d’aquarelle ? Si ceux-là méritent notre admiration, et ceux-ci, notre compassion, c’est dans leur ratio que tu trouveras ta réponse.

x’om,
Débo


Cher Yoga ouvre le courrier des yogis francophones : débutant.e.s, confirmé.e.s, curieu.ses.x ou réfractaires, envoyez vos questions ! Qu’elles portent sur la pratique de près ou de loin, qu’elles soient terre-à-terre ou mystiques, Débo tentera d’y répondre. La règle du jeu : sans recette miracle, avec humilité, et des pincettes un peu décalées, ses réponses pousse la réflexion à d’autres questions. Utilisez l’espace des commentaires sous chaque Q&R, l’email, ou Facebook, pour envoyer vos questions.

YOGIC PHILO : Rien à Déclarer

Admets quelque chose.
Toutes les personnes que tu vois, tu leur dis
« aime-moi ».

Bien sûr que tu ne le dis pas tout haut :
Tu risquerais l’enfermement.

Pourtant, penses-y,
Comme la connexion t’aimante.

Alors pourquoi ne pas devenir la personne
Qui vit avec une pleine lune dans chaque œil
Qui dit toujours,

Dans les mots doux
de la lune,

Ce que les autres yeux du monde
Meurent
D’entendre ? »

― Hafez (poète mystique persan du XIVe s.)

Je pratique et j’enseigne le yoga parce qu’au-delà des écorces et des hoquets de la vie, il y a dans tous les êtres ce regard de lune.

lune illusion optique

Dans tous les êtres, une possibilité d’amour, de compassion, née de cet espace en soi où il est dit que l’univers entier réside. Là où le souffle est né, là où le souffle renaît, à chaque respiration. C’est un lieu infini, éternel, de paix, de joie, de présence. Et lorsque vous retrouvez, lorsque vous reprenez le chemin vers cet espace en vous, et que je me trouve dans cet espace en moi, alors il n’y a plus de séparation. Nous sommes un.

Voilà… Ca, c’est dit. ;-)

N.B. : le poème est ma traduction libre d’une traduction libre en anglais de ce poème. Il fait partie du « Focus of the Month » d’octobre 2013 de l’école de yoga Jivamukti.