YOGIC PHILO : (Après Charlie) Et Demain ?

Jusqu’à maintenant, je m’étais refusée à poster, où que ce soit, sur ce qu’il s’est passé en Île-de-France la semaine dernière : cela me semblait déplacé, inconvenant, inutile. Mettre des mots, c’est déjà pointer du doigt. Mais souvent, nous ignorons ce que, du bout de cet index verbeux, nous souhaitons montrer. Je n’y résiste plus.

Aujourd’hui, une amie professeur de yoga (merci Emilie) a posté cet entretien de journalistes de Libération avec Olivier Roy, politologue spécialiste de l’Islam. Au coeur de cette sur-production de discours, de reprises, de redites, de cette déferlante d’émotions brutes, de chocs, de révélations, cet article qui date d’octobre 2014 résonne le plus en moi, et j’ai eu envie de le partager. Peut-être parce qu’il pose la question essentielle, qui se décline de mille façons : pour quelle cause l’humanité doit-elle s’unir ? Vers quelle société (globalisée, ultra-modernisée) souhaitons-nous nous diriger ? Quelles sont les qualités en nous auxquelles nous donnons le plus de valeur ? Pourquoi ?

marionnette drapeau paris 11 janvier 2015Il m’a été très difficile de retrouver une motivation pour le yoga, après ces trois jours, après l’immense rassemblement de dimanche. Toujours les mêmes questions : Les mouvements que nous répétons sur un tapis ne sont-il pas dérisoires ? S’assoir en silence n’est-il pas absurde ?

Toutes les religions et toutes les sagesses, avec ou sans dieu, ont développé une éthique de réciprocité : « Aime ton prochain comme toi-même ». L’amour des autres commence par l’amour de soi. Pour aimer, il faut connaître. Pour s’aimer, il faut se connaître. Savoir que je existe parce que tu existes. Je suis parce que nous sommes. En faire l’expérience. Vivre l’interconnexion dans son corps, dans sa chair. Je m’accroche à l’idée que la connaissance de soi est la plus grande richesse. Que la capacité à reconnaître en l’autre, sans filtre sélectif, tout ce que l’on sait de soi, est le sens de la vie. Le yoga et la méditation m’ont fourni les outils pour développer l’empathie, l’amour, et pour apprivoiser l’inertie et l’égocentrisme. C’est pour cela qu’ils ont du sens – ni plus ni moins aujourd’hui qu’il y a une semaine. Il y en a d’autres.

liberte charlie republique 11 janvier 2015Je repense souvent à notre très jeune professeur de philosophie, posté au Lycée Henri IV pour sa première année de nouvel enseignant, avant d’être dirigé vers un lycée de ZEP. Il avait inauguré son cours par de la philosophie du langage : ce qu’il y a de plus intime en nous se dit « for intérieur ». « For » dérive du mot « forum », ce lieu où tous les citoyens se rassemblent. Sa conclusion (en mes mots, car je peine à me souvenir des siens !) : lorsque nous atteignons cet espace de présence le plus profond de notre être, nous retrouvons tous les êtres. En nous sont possibles toutes les peurs, toutes les douleurs, mais aussi toutes les joies et tout l’amour. Immanence rejoint transcendance. L’unique contient le tout : « Celui qui tue une âme innocente, c’est comme s’il avait tué l’humanité », est-il écrit dans le Coran. Pourrions-nous symétriser : « sauver une âme, c’est sauver toute l’humanité » ?

nation paris dimanche 11 janvier 2015J’aime à penser que c’est le surgissement de la mort, dans un banal considéré comme acquis, qui a réveillé la majorité silencieuse. Depuis des années, le sentiment d’impuissance est ce avec quoi je mène, en moi, le combat le plus âpre. Le rassemblement de dimanche m’a redonné espoir. Je prie de tout mon coeur pour que cet espoir ne s’éteigne pas, pour que nous ne nous rendormions pas. Pour répondre, ensemble, à cette question centrale : Que construisons-nous ?

La question qui en découle me brûle déjà les lèvres : Comment nous y prenons-nous ?

Edit : voici une tribune de l’écrivain Cyril Montana, publiée sur un blog du monde.fr, à laquelle j’adhère totalement : chacun, à la mesure de ses moyens, peut (doit) participer.

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PETIT SAGE : la Recette du Bonheur

Au petit-déjeuner : préparer avec amour.
Baguette, trancher et griller.
Purée d’arachide, fines tranches de banane, filet de miel.
Tremper dans du thé vert Earl Grey.

Couteau à pain – origine : France
Peanut butter – origine : Etats-Unis via l’Allemagne
Banane – origine : Côté d’Ivoire
Miel – origine : Québec
Thé – origine : Inde
Assiette – origine : Turquie via la Suède
Grille-pain – origine : Chine via le Royaume-Uni
Baguette – origine : Paris
Origine de la farine ?
Origine du boulanger ?
Origine de la gourmande ?

trafic-aerien-europeMais si, le repli identitaire et l’autarcie sont encore possibles. Mais si si, c’est désirable, c’est même souhaitable.
Mais non, nous ne sommes pas du tout interconnectés.
Quoi ? La même humanité sur la même planète ? …

En Inde, sur tous les camions, la maxime suivante : « We two, ours one »*
(« Nous : deux, nôtre : un »)
Je suis parce que nous sommes.

* C’est surtout un slogan politique pour le contrôle de la natalité. Mais bon…

YOGIC PHILO : le Coeur, la Vie, la Conscience et le Remerciement

« N’oublions pas que ce qui distribue la vie en nous, c’est le coeur; que ce qui vibre et s’accélère quand nous sommes émus ou que nous aimons, c’est le coeur ; que ce qui fait que nous avons chaud chaque fois que nous vivons quelque chose d’intense, c’est le coeur. Lorsqu’il se serre parce que nous avons peur, il bloque la vie en nous. Lorsqu’il s’ouvre parce que nous sommes heureux et en confiance, il propulse la vie en nous. Or le coeur est le siège de la conscience dans la plupart des Traditions. Ouvrir sa conscience, c’est accueillir la vie. Le faire pour soi, c’est le faire pour l’humanité. Un vaste chantier dont il ne faut jamais douter »

J’ai eu envie de partager cette citation que je trouve très belle, et très juste, tirée du livre de Michel Odoul, « Un corps pour me soigner, une âme pour me guérir« . Elle m’encourage au quotidien à maintenir la tradition du remerciement de fin de séance : merci d’avoir fait l’effort et pris le temps de cultiver l’harmonie en soi, pour soi-même et pour tous ceux (et tout ce) qui nous entoure(nt).